Spip d’archivages formations & recherches - philippeclauzard.com
Accueil du site > Cours UE 4-2 : Analyse des pratiques (professionnelles) et démarches (...) > L’entretien d’explicitation, intervention de Nadine Faingold

Intervention de Nadine FAINGOLD, maitre de conférence à l’IUFM de Versailles, Journée de l’Innovation, Paris, avril 1997

L’entretien d’explicitation, intervention de Nadine Faingold

vendredi 15 février 2013, par Philippe Clauzard

L’entretien d’explicitation est une technique de questionnement développé à partir des approches théoriques et de pratiques de Pierre VERMESCH et du GREX (groupe de recherche sur l’explicitation) intervention de Nadine FAINGOLD, maitre de conférence à l’IUFM de Versailles, Journée de l’Innovation, Paris, avril 1997

Quelle que soit l’entrée utilisée, qu’il s’agisse d’écrire sur nos pratiques, qu’il s’agisse d’utiliser un retour vidéo sur ce que nous faisons, ou de travailler avec un outil comme l’explicitation dont je vais parler tout à l’heure, je crois que l’un des processus importants est un processus de décentration, du fait que nous sommes très impliqués et engagés dans l’action, et qu’il est essentiel d’avoir des temps de prise de recul, de distanciation, pour prendre conscience de ce que nous faisons dans l’action.

Ce processus de prise de conscience se rapproche beaucoup de ce qui était désigné comme une appropriation de ce que nous sommes, et ça me paraît tout à fait essentiel dans la mesure où, et je reprends là ce que Pierre Vermersch dit de l’action, l’action est opaque à elle-même. C’est-à-dire que quand nous faisons, qu’il s’agisse de réussite ou qu’il s’agisse de moindre réussite, nous ne savons pas nécessairement tout ce que nous mettons en œuvre dans l’action ; donc il y a toute une série d’implicites qu’il est intéressant de mettre à jour. C’est là, probablement, que l’analyse des pratiques est efficace et que, peut-être, l’entretien d’explicitation apporte une méthode, une méthode de mise en mots des pratiques.

Donc, processus de décentration, processus de prise de conscience et mise en mots de ce dont est faite l’action. Une fois que c’est mis en mots et écrit, l’intérêt est double. D’une part pour nous, effectivement : à partir de cette prise de conscience et de cette mise en mots, cela devient transférable à d’autres situations analogues, nous pouvons alors réutiliser ce dont nous avons pris conscience : " ah, tiens, j’ai fait comme ça, là ". C’est alors beaucoup plus facilement mobilisable dans une action ultérieure. Donc transférabilité pour soi, et puis transmissibilité aux autres ; non pas que cela puisse se transmettre comme par magie, mais une fois mis en mots, cela devient communicable, et libre à chacun d’entre nous ensuite de reprendre tel ou tel élément d’une pratique décrite et à laquelle nous souhaitons nous essayer.

Une des difficultés tient à ce que si on écrit spontanément sur sa pratique, l’un des risques consiste à rester au niveau des intentions et des résultats ; il n’est pas si facile d’accéder à une description des pratiques effectives. C’est à ce niveau là que l’entretien d’explicitation est un outil extrêmement intéressant, parce qu’il vise précisément à mettre à jour des éléments que Pierre Vermersch appelle " pré-réfléchis ".

Qu’est-ce que cette notion de pré-réfléchi ? C’est l’idée qu’il y a un vécu immédiat, qui est ce que nous vivons au présent dans l’action, et puis que, si nous parlons de ce que nous avons fait, nous allons produire une mise en mots qui va probablement rater le détail fin de ce que nous mettons en œuvre dans l’action.

Donc, l’ambition de l’entretien d’explicitation c’est, par la médiation d’un interviewer qui questionne, enregistrer au magnétophone la mise en mots, par le sujet, du vécu de son action. En général on enregistre au magnétophone l’entretien, c’est souvent à deux dans le cadre d’ un entretien de recherche, mais cela peut être dans de petits groupes d’analyse de pratiques. J’en anime un certain nombre, en utilisant la technique de l’explicitation.

Il s’agit vraiment d’une action descriptive du comment de l’action et en fait, sous action, il faut mettre principalement deux axes, l’axe des prises d’information, c’est-à-dire " comment je sais que par exemple, les élèves là sont attentifs, sont motivés, rentrent dans la notion qu’effectivement je souhaite aborder avec eux ". " Comment tu sais que ... ? ", c’est un des axes. Quelles sont les prises d’informations qui permettent de mener à des opérations d’identification ?

C’est un premier axe très important, le second étant celui des prises de décision ; c’est-à-dire : une fois que j’ai pris cette information, qu’est-ce que je fais ? Quelle prise de décision ? et comment je fais quand j’ai pris cette décision ?

Par exemple, je constate que les élèves sont en train de se disperser. " Comment tu sais que, effectivement, là, l’attention est moins grande ? ". Je le vois. " Qu’est-ce que tu vois quand tu vois ça ? " et ainsi de suite. Donc, il y a une poussée du questionnant jusqu’à mettre à jour des prises d’informations, et le comment de la régulation par rapport à cette prise d’informations qui permet d’accéder un peu mieux qu’avec une verbalisation spontanée sur les pratiques à ce qui est fait, à ce que Vermersch appelle "la réflexion en action des praticiens experts". " Je sais faire, je ne sais pas tout ce que je mets en œuvre ". Chez les enseignants, c’est beaucoup de choses, tout ce que je mets en œuvre pour savoir faire.

Un exemple très intéressant : quand on sollicite les enseignants sur leurs réussites, très souvent, les enseignants experts, réagissent sur le mode de : " ah, mais justement, là, je ne fais rien ". Et c’est vrai que l’explicitation est très efficace pour mettre à jour : " qu’est-ce que tu fais quand tu ne fais rien ? ". Et là, on a des verbalisations extrêmement riches sur les prises d’informations, l’attention extrême portée au groupe classe, aux élèves qui travaillent en groupes par exemple, et y compris : " qu’est-ce que je fais pour ne pas intervenir ? Je me mords les lèvres… " Qu’est-ce qu’on fait quand on ne fait rien pour que les élèves travaillent ?

Ce sur quoi je n’ai peut-être pas insisté, c’est que, précisément pour ne pas passer du vécu immédiat au vécu mis en mots, il y a un processus de réfléchissement. C’est le mot. J’ai parlé de pré-réfléchi ; justement, on prend le temps d’un réfléchissement, c’est-à-dire d’accéder à un vécu représenté. C’est ce détour que Pierre Vermersch appelle le réfléchissement, avec quelqu’un qui questionne et qui a un simple rôle de miroir et d’aide à la prise de conscience, ce qui est tout à fait spécifique de l’explicitation.

C’est une méthode de questionnement qui s’apprend, qui me paraît précieuse en tant qu’aide à l’écriture. Elle permet aussi de comparer les moments de réussite et les moments de moindre réussite, et cela peut souvent éclairer : " comment je fais quand je m’y prends moins bien ? " avec " comment je fais, qu’est-ce que je mets en œuvre, quelles sont mes prises d’informations et mes prises de décision quand je sais faire ? ".

Bien entendu on ne peut pas faire l’économie de tout le processus de formation qui va derrière. Ce n’est pas parce que c’est écrit que d’autres peuvent s’approprier des pratiques réussies et bien décrites ; je crois qu’on ne fait pas l’économie effectivement des essais, des erreurs et de l’analyse de ses propres pratiques quand on veut essayer quelque chose que des collègues ont mis à notre disposition.

une technique utilisée pour accompagner des équipes en innovation

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0