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COURS 9 : LE 10 AVRIL SUR L’INTERVENTION ERGONOMIQUE

jeudi 11 avril 2013, par Philippe Clauzard

- Globalement, l’ergonomie a pour objet de comprendre le travail pour contribuer à la conception et à la transformation des situations de travail en agissant de façon positive sur les dispositifs techniques et les moyens de travail, sur les environnements de travail, sur l’organisation et les hommes (compétences, représentations…). C’est donc une discipline qui vise l’action pour améliorer la santé, la sécurité, le confort des personnes au travail ainsi que l’efficacité du travail (cf. fiche 5). Les hommes (au sens d’"être humains") qui réalisent des actions ergonomiques sont divers : depuis les ergonomes professionnels jusqu’aux opérateurs eux-mêmes en passant par les concepteurs, les médecins du travail, les membres des comités d’hygiène et de sécurité... Ce sont tous des << acteurs ergonomiques >>, mais, bien entendu, la nature et l’ampleur de leurs actions sont différentes.

- Le travail en ergonomie est analysé comme l’activité d’une personne, avec ses effets positifs et négatifs pour la personne et pour l’entreprise. L’ergonomie analyse l’écart existant entre le travail prescrit à l’opérateur et le travail réellement réalisé par celui-ci. Elle a développé des concepts spécifiques pour comprendre le travail : l’analyse de la tâche porte sur les dimensions matérielles du travail et l’analyse de l’activité concerne ce que fait l’opérateur. Elle insiste particulièrement sur les régulations que l’opérateur est amené à effectuer pour prendre en compte la singularité et la variabilité des situations. L’ ergonomie s’intéresse particulièrement aux effets du travail sur les personnes et l’entreprise ainsi qu’a ses déterminants, c’est à dire aux facteurs qui conditionnent ou influencent le travail des opérateurs au sein des situations de travail. Parmi ces effets elle s’intéresse notamment à l’ensemble des atteintes à la santé et pas seulement aux accidents du travail et aux maladies professionnelles reconnues comme telles. C’est pourquoi elle analyse aussi les caractéristiques des situations en termes d’ambiances de travail, de risque, de sécurité, de fiabilité, dans une perspective de prévention et de gestion des risques. Elle s’intéresse également à l’ensemble des effets positifs du travail sur l’homme, notamment au développement des compétences comme effet du travail
- L’homme dont l’ergonomie analyse le travail n’est pas un "homme moyen", mais un être singulier. L’ergonomie s’attache donc à saisir les êtres humains clans leur diversité (différences inter—individuelles), dans leur variabilité (variations intra—individuelles résultant par exemple des rythmes circadiens, de la fatigue. . .), dans leur évolution à moyen et long terme : développement des compétences, vieillissement... Elle peut ainsi cerner de façon précise les caractéristiques de la population au travail.


Deux courants principaux coexistent dans le domaine de l’ergonomie :
- une ergonomie des Human factors qui est centrée sur les caractéristiques (anthropométriques, physiologiques, cognitives...) des hommes a prendre en compte pour la conception ou la transformation des systèmes (par exemple les systèmes hommes-machines). C’est une ergonomie des composants humains des systèmes. Elle permet, par exemple, de définir la taille ou la forme des symboles qui seront affichées sur un écran d’ordinateur afin qu’ils soient lisibles sans difficulté par les utilisateurs, les caractéristiques d’un siège... Cette approche, principalement développée par les anglo-saxons, est actuellement dominante au plan international.

- une ergonomie centrée sur l’activité des hommes au travail qui s’appuie sur l’analyse du travail réel pour contribuer a la transformation et/ ou a la conception des situations et des systèmes de travail. Elle permet, par exemple, en analysant le travail réel d’un opérateur, de déterminer les informations dont l’0pérateur doit disposer pour réaliser son travail et ainsi de définir des caractéristiques essentielles d’une nouvelle situation de travail.

La définition de l’ergonomie adoptée par la Société d’ergonomie de langue française (SELF) s’inscrit dans ce courant de l’ergonomie du travail réel. L’ergonomie est définie comme << l’adaptation du travail à l’homme par la mise en oeuvre de connaissances scientifiques relatives à l’homme et nécessaires pour concevoir des outils, des machines et des dispositifs qui puissent être utilisés par le plus grand nombre avec le maximum de confort, de sécurité et d’efficacité. »

C’est une ergonomie du travail réel. Cefte approche, principalement développée dans les pays francophones, tend actuellement à se répandre dans l’univers anglo-saxon. Ces deux approches en ergonomie sont complémentaires : l’ergonomie des composants humains assure une adaptation de base aux caractéristiques des opérateurs ou des utilisateurs indépendamment des contextes. L’ergonomie de l’activité assure l’adaptation aux exigences des contextes et du travail réel en situation.

Enfin, l’ergonomie ne se préoccupe pas seulement du travail. L’ergonomie du produit s’intéresse principalement aux objets de la vie quotidienne avec, comme pour le travail, des approches de type Human factors ou de type activité.


L’ergonomie cognitive est l’un des domaines de l’ergonomie. Elle se différencie de l’ergonomie physique qui traite l’ensemble des facteurs physiologiques humains (postures, activité, accessibilité, etc.).

- Ergonomie : adaptation d’un produit ou d’une situation de travail à un utilisateur.

- Cognitif : relatif aux grandes fonctions de l’esprit (perception, langage, mémoire, raisonnement, décision, mouvement...).

L’ergonomie cognitive est donc l’étude des interactions avec un dispositif ou un produit (essentiellement informationnel) qui nécessite l’utilisation des grandes fonctions mentales de l’homme (perception, mémoire, traitement). Elle étudie également les problèmes éventuels de charge mentale qui résultent de cette interaction.


L’ergonomie physique étudie les interactions entre l’humain et son environnement physique au travail, dans une visée d’adaptation, afin de rendre ces interactions les favorables et efficientes pour les activités de travail humain. On adapte les matériels de bureau ou d’ateliers en usine de manière à rendre le travail plus aisé physiquement et par exemple éviter les risques de troubles musculo-squelettiques. L’objectif général est de de rendre plus confortable la posture physique des salariés.

L’ergonomie cognitive étudie les interactions entre l’humain et ses processus cognitifs au travail, dans une visée adaptative, afin de rendre ces interactions les plus favorables et efficientes pour les activités de travail humain. Il s’agit de rechercher une efficacité dans le traitement cognitif/intellectuel dans les activités de travail, entre l’individu et un système. On adapte les procédures d’activités de travail, les situations et les tâches, leurs conditions d’exécution aux individus en poste et aux variabilités des situations de travail, de manière à faciliter le travail cognitif des personnes, afin d’éviter par exemple des surcharges cognitives et des erreurs d’appréciations et de prises de décision. L’objectif général est de de rendre plus confortable la posture cognitive/intellectuelle des salariés.


L’ergonomie distingue classiquement le << travail prescrit » et le << travail réel ». Cette distinction ne doit pas être confondue avec la distinction entre tache et activité. Le concept de travail prescrit renvoie à tout ce qui est défini par avance par l’entreprise (et naturellement ses personnels) et donné à l’opérateur pour définir, organiser, réaliser et régler son travail. Le concept de travail réel renvoie au travail tel qu’il se réalise concrètement dans le bureau, l’atelier ou le service. Le travail prescrit et le travail réel s’analysent notamment en termes de tache et d’activité.

Il y a toujours un écart, parfois considérable, entre le travail prescrit et le travail réel, un écart souvent ignoré, méconnu, voire, dans certains cas, nié dans l’entreprise.

Par exemple : un opérateur qui conduit une machine produisant des joints en caoutchouc a comme consigne de contrôler deux joints toutes les trente minutes. Lorsqu’il constate des défauts ale surface, il doit arrêter sa machine et faire appel au régleur. L’ergonome qui analyse son travail constate qu’il effectue des contrôles toutes les 10 à 15 minutes et qu’il modifie fréquemment la température de fusion ou la pression d’injection a la suite de ces contrôles. L’opérateur lui explique qu’en effectuant des contrôles fréquents suivis de légers réglages, il parvient, le plus souvent, a éviter l’apparition de défauts importants et peut ainsi éviter de faire appel au régleur. Cet opérateur réalise un travail réel différent du travail prescrit. Alors que sa tache lui prescrit d’arrêter la machine en cas de défauts, il s’est donné un but différent : éviter l’apparition de défauts. Pour cela, il effectue des contrôles plus fréquents et des réglages non prevus. L’écart entre travail prescrit et travail réel est susceptible de concerner l’ensemble des dimensions du travail.


DIFFERENTS NIVEAUX DE LA TACHE :

- La tâche à réaliser C’est la tâche telle que la conçoit le concepteur du processus ou du moyen de production, sans qu’il l’explicite toujours et sans qu’il se représente nécessairement précisément lui-même la manière de la réaliser. La formulation en est souvent très lapidaire. Exemple : l’opérateur surveillera la machine automatique.

- La tâche prescrite : C’est la tâche telle qu’elle est définie et présentée par celui qui en commande l’exécution. Elle vise a orienter l’activité en définissant les buts, les conditions et contraintes de réalisation, les critères et valeurs à respecter. C’est donc en principe la tache que doit réaliser l’opérateur. Exemple : L’opérateur doit alimenter la machine, mettre la production en caisse après vérification de la qualité. Il doit surveiller la machine et la production et arrêter la machine en cas de défaut. En général elle est au moins partiellement exprimée par écrit dans des documents de type gamme, définition de fonction...

- La tâche attendue : C’est la tache dont la réalisation est réellement attendue. La tache attendue peut n’être pas conforme à la tache prescrite dans la mesure où tout n’est pas discible ou avouable : la prescription peut, par exemple, indiquer qu’il est obligatoire de suivre les procédures définies par le système qualité, alors que l’on attend en réalité de l’opérateur qu’il ne les applique pas lorsque cela retarderait une livraison urgente. L’attendu peut également ne pas être exprimé parce que tellement évident et supposé partagé par tous qu’il apparait inutile de le préciser. Par exemple, dans le cas de la rédaction d’un texte, on souhaite que le texte soit lisible, compréhensible, et qu’il ne contienne pas de fautes d’orthographe, ce qui n’a pas besoin d’être dit explicitement. Pour une même situation, la tâche attendue peut varier selon qu’elle est attendue par le prescripteur, un responsable hiérarchique direct ou un directeur plus lointain.

- Les tâches élaborées par l’opérateur

- La tache redéfinie : Confronté a une tache prescrite et/ ou attendue, l’opérateur l’interprète en fonction des moyens dont il dispose et des contraintes qu’il se fixe (ou qu’on lui fixe). Le but et/ ou les conditions prescrits et attendus par l’entreprise peuvent alors ne plus correspondre a ceux que se fixe l’opérateur. Il est essentiel, pour comprendre son activité, de comprendre la tache qu’il se redéfinit. Par exemple, l’opérateur va se donner comme tâche redéfinie de faire en sorte que les pièces réalisées respectent les critères ale qualité même lorsqu’il ne met pas en oeuvre les procédures prescrites par le système qualité. C’est l’opérateur qui peut en général renseigner l’analyste sur la tache redéfinie.

- La tache effective : C’est la tache effectivement réalisée par l’opérateur en fonction des exigences de chaque situation singulière. À chaque réalisation de la tâche redéfinie correspond une tache effective (ou tache réelle). La tache effective, c’est la tache redéfinie réalisée. Elle peut être décrite à partir de l’observation de l’activité.

- Activité : ce qui se fait dons une situation singulière. Chaque tache a ses exigences (qui dépendent du système sociotechnique, de l’organisation...), et chaque individu a lui même ses exigences (physiques, physiologiques, psychologiques. . .).


La prise en compte de l’homme par l’ergonomie se situe à deux niveaux :

– L’ergonomie prend en compte les caractéristiques et propriétés fonctionnelles des êtres humains dans leur diversité : Caractéristiques anthropométriques, Capacités perceptives, Propriétés du fonctionnement cognitif…

– L’ergonomie prend en compte l’être humain comme acteur intentionnel dont les actions sont finalisées en situation de travail. Elle s’intéresse à ce qui est significatif pour cet acteur aux plans cognitif, social, affectif en tenant compte de son engagement dans la situation. Ce qui est significatif est constitué, d’une part, par ce qui est conscient ou conscientisable. Ce sont aussi d’autre part toutes les dimensions de l’activité non conscientes Directement liées à l’engagement du sujet dans la situation. Ces deux dimensions relèvent de méthodologie d’analyses différentes. La prise en compte de l’homme comme acteur intentionnel Est plutôt le fait de l’ergonomie centrée sur l’activité.

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