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Apprendre, de quoi parle t-on ?

mardi 3 septembre 2013, par Philippe Clauzard

- Apprendre n’est pas un processus cumulatif et linéaire.
- Apprendre, c’est tâtonner.
- Apprendre, c’est rompre avec des certitudes.
- Apprendre, c’est transformer le réel.
- Apprendre est une activité naturelle.
- Apprendre est une activité éminemment complexe.
- Apprendre est une activité paradoxale.
- Apprendre, c’est un processus dynamique : la connaissance se restructure, elle n’est pas accumulative.

- Pour apprendre, il ne suffit pas d’écouter, d’observer ou de faire. "On apprend à partir de ce que l’on est et en s’appuyant sur ce que l’on connaît déjà , souvent en bousculant ses conceptions".

- Apprendre résulte de transformations successives, de confrontation personnelle à des poches de résistance ou à des ruptures. Résistance cognitive, rupture épistémologique...

- Assimiler de nouvelles connaissances nécessite la plupart du temps d’ébranler un savoir ancien avec beaucoup de tâtonnements et d’erreurs, bien sûr...

- "Incertitude, erreur, rupture, changement, transformation, déséquilibre font partie de l’acte d’apprendre", la question principale : s’exercer à les supporter et les surmonter...

- Apprendre exige de mettre en relation, cela demande du temps et un ensemble d’expériences, un cerveau en perpétuel changement.

- Nous oublions une très grande partie de ce que nous avons appris élèves ou étudiants. Cela est normal. Les informations reçues ne deviennent des connaissances que si elles prennent sens pour nous ; si nous pouvons les relier à des savoirs déjà formés.

- Apprendre, c’est "tisser des liens entre l’ancien et le nouveau". C’est mettre en relation le nouveau et l’ancien, mais aussi confronter ses idées avec celles des autres : d’où l’importance du dialogue et du débat en classe orchestré par l’enseignant.
- Construire son savoir nécessite du temps. Nous apprenons chacun à notre rythme. Il faut des efforts, de la patience, répéter et ajuster pour acquérir une compétence dans une domaine de connaissance. Nous savons bien qu’apprendre à marcher ou à lire sont liés à la maturation de l’enfant. Nous devons répéter et ajuster notre nouveau savoir dans des contextes variés : savoir le transférer ; pour apprendre. Il nous faut multiplier les expériences dans des situations familières et inattendues pour assimiler en profondeur de nouvelles connaissances. L’enseignant doit donc diversifier les situations pédagogiques... "Plus une tâche est nouvelle et complexe, plus il y a de structures cérébrales qui se mobilisent. En revanche, plus activité devient routinière, plus le cerveau s’économise". Notre cerveau est très plastique, il se plie tous les jours à nos activités quotidiennes. Des milliards de synapses se connectent dans ce réseau complexe pour au mieux penser et agir... Apprentissages et expériences modifient la structure et la réactivité chimique du cerveau. Chaque, nous construisons notre propre fonctionnement et notre propre micro anatomie cérébrale.

- Nous sommes donc toujours acteurs de notre apprentissage, tant au niveau chimico-biologique - qu’au plan cognitif et intellectuel. Apprendre, c’est étymologiquement : prendre avec soi.

- Apprendre n’est pas un empilement de connaissances, mais une œuvre de mise en réseaux, d’articulations entre le nouveau savoir et l’ancien, aboutissant une ré-actualisation, une restructuration de sa connaissance dans un domaine d’étude.

- Notre aventure personnelle de l’apprentissage se pratique tout au long de la vie : pas seulement en formation initiale à l’école- mais aussi en formation continue et professionnelle et dans tous nos échanges ludiques et professionnels au quotidien... L’apprentissage s’appuie sur la sélection et réorganisation de l’information, le tissage de liens, la construction de références communes avec autrui, l’élaboration de stratégies, la combinaison, l’intuition, le tâtonnement, l’imagination, la créativité...

- Les situations d’apprentissage font la qualité de celui-ci. Elles procurent des émotions comme le plaisir ou la frustration, l’excitation... Encouragements et réussites sont les moteurs de l’apprentissage.

"Les processus cognitifs, émotionnels et affectifs sont associées". Émotions et raison sont deux entités qui ne cessent de s’interconnecter.

En outre, nous n’apprenons pas tous de la même manière. certains sont plutôt visuels, d’autres plutôt auditifs. L’enseignant qui veut s’adresser à tous les élèves a donc avantage à coupler les deux approches : prévoir un enseignement basé sur le voir, l’image, les schémas et un enseignement complémentaire fondé sur le discours construit, les intonations, le rythme... pour véhiculer une même notion....

Plus l’enseignant multiplie les contextes de présentation de l’information, plus il aide les élèves et étudiants à la retrouver. Tout ce qui nous entoure participe de l’élaboration d’un savoir le rendant vivant, qu’il s’agisse d’une rencontre, d’un livre, d’un outil,d’un ami ou d’un enseignant... ou un ordinateur. Celui-ci peut être une véritable machine pour apprendre en permettant de jouer, de créer, d’expérimenter, d’explorer, de dialoguer, de coopérer et même de s’évaluer. Mais, il ne peut permettre de s’affranchir de l’enseignant qui , lui seul, peut répondre aux interrogations individuelles particulières, donner du sens et de l’émotion, organiser et synthétiser les connaissances... autant de démarches incontournables pour apprendre, élaborer son savoir.

- Notre mémoire est la faculté de conserver et de retrouver des expériences passées. Il existe plusieurs mémoires : on parle de mémoire visuelle, mémoire auditive, mémoire olfactive, ou kinesthésique ( souvenir chargé d’émotion). Il existe également des mémoires spécifiques : mémoire des visages, des lieux, des mots, des couleurs, des sons particuliers...

- Les mémoires se différencient surtout autour de trois grandes familles :
- la mémoire à court terme, pour retenir un numéro de téléphone par exemple
- la mémoire de travail, pour agir et raisonner
- la mémoire à long terme ( acquis culturels, histoire personnelle,...)

P.-S.

Moi et apprendre : toute une histoire ! (cf. l’expo Désir d’Apprendre, Cité des Sciences,La Villette)

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