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Le développement professionnel, c’est... aussi une affaire d’équipe d’enseignants

mardi 10 février 2015, par Philippe Clauzard

www.francoismuller.net

Une formation continue des enseignants aujourd’hui. Pour (faire) quoi ?

Essentiellement, pour avoir des espaces et des temps disponibles afin de mieux comprendre la nature des difficultés ordinaires d’apprentissages que rencontrent les élèves, d’une part, mais aussi mieux comprendre les problèmes ordinaires d’enseignement auxquels sont confrontés les professionnels de l’éducation et de l’enseignement, d’autre part.

Contrairement à ce qu’on oppose souvent, ces deux aspects sont souvent indissociables pour comprendre ce qui se passe dans la classe : didactique et didactique professionnelle, savoirs à enseigner et savoirs pour enseigner ne s’opposent pas, mais se combinent, s’articulent pour constituer un "milieu d’apprentissage" plus ou moins riche, plus ou moins susceptible de faire entrer des élèves dans les réquisits (souvent implicites) de l’École. Un des défis de la formation est donc de "ramener l’ordinaire de la classe", pour pouvoir le décrire, le comprendre (notamment du point de vue des professionnels eux-mêmes), en cherchant "les bonnes raisons que les gens ont de faire ce qu’ils font", avant de chercher à quelles conditions ils pourraient faire autrement.... C’est toujours, on le verra, un défi pour le formateur qui est alors contraint d’entrer dans d’autres "points de vue" que les siens...

Quelle serait une formation continue véritablement efficiente (une « bonne » formation) aujourd’hui ?

À partir de notre expérience, on peut aujourd’hui définir un certain nombre de buts et de moyens pour la formation continue, rassemblés en cinq grands ensembles :

- Lire ensemble le réel, pour apprendre à comprendre comment l’activité des élèves et celle des maitres s’articulent, s’opposent, s’enchâssent... Cela peut passer par des analyses de séquences vidéos du travail dans la classe, de travaux d’élèves, d’évaluations, d’entretiens, en prenant largement appui sur l’expérience concrète des formés (en favorisant ce qui permet de partager, mutualiser, discuter, capitaliser des expériences de travail).

- Faire connaitre le prescrit, notamment pour ne pas en rester à des idées préconçues, savoir ce qu’on peut "en faire" dans le travail réel. Cela passe souvent par une traduction, une reformulation de ce qui est demandé dans les textes, dans les programmes, pour que les professionnels puissent discuter de ce que ca leur demande, de ce qu’ils n’arrivent pas (encore) à faire...

- Partager des références, comme des modèles explicatifs qui permettent de mettre des mots sur les choses, de découper le réel pour tenter de le comprendre. En même temps, c’est aussi aider les acteurs à comprendre qu’il n’y a pas, en soi, de "bonne" lecture du monde éducatif : sociologie, psychologie, didactiques, analyse du travail, théories pédagogiques semblent toujours s’opposer, alors que ce sont des lectures, des focales différentes sur des objets. Pour le formateur, ce ne sont pas des bibles, ce sont des outils pour penser le monde, le découper, l’expliciter avec les professionnels qu’il forme. Il n’existe pas qu’une seule lecture théorique du monde, et c’est bien ce qui rend le travail du formateur difficile : il ne peut pas être spécialiste de tout, mais il doit sans arrêt faire le va-et-vient entre sa "lecture du monde", organisée par sa propre formation et sa propre expérience, et celle des professionnels avec qui il travaille. Cette "activité partagée" n’est jamais gagnée…

- Oser les outils pour aider les professionnels à travailler. On raille souvent les demandes des formés à disposer d’outils maniables, utilisables, testables... Nous pensons au contraire que c’est une demande légitime. On ne peut pas demander aux enseignants d’inventer leurs outils, même si tout professionnel qui utilise un outil qui lui est proposé va le tordre, le mettre à sa main...

- Accompagner dans la durée : quelle que soit la formation, il ne suffit pas d’expliquer pour transformer. Il faut donc penser des modalités de formation hybrides, au sens propre, qui alternent des temps différents : recueillir des données, apporter des informations, faire des expériences et des essais, revenir sur ce qu’on a fait… Ces différents temps sont nécessaires pour gagner la confiance entre formés et formateurs, faire culture commune, discuter les manières de faire... Evidemment, les technologies permettent l’utilisation de plateformes ressources, comme Neopass@ction que nous avons réalisée pour cela, mais la médiation par des situations collectives de travail est indispensable.

Voir en ligne : Une formation continue des enseignants aujourd’hui - Centre Alain Savary

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