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Le glissement conceptuel en contexte réunionnais

mercredi 30 décembre 2015, par Philippe Clauzard

-  CONTEXTE D’ÉTUDE : La situation linguistique sur l’île de la Réunion est particulière : une coexistence du créole et du français en termes de diglossie. Le créole réunionnais est limité à la sphère privée ou informelle, l’usage du français relevant de la sphère publique et officielle. La parole réunionnaise se caractérise aussi de nos jours par le mélange du créole et du français (Souprayen-Cavery). La coexistence et le mélange entre le français et le créole influent nécessairement sur les apprentissages des élèves et la maîtrise de la langue française selon les attendus du curriculum standard. On pourrait même voir une des raisons d’un échec scolaire massif du fait d’un bilinguisme non autorisé dans les pratiques de classe. Pourtant, le parler créole n’est pas handicapant, c’est le système scolaire français ségrégatif, qui excluant le créole dans les pratiques scolaires, handicape le potentiel scolaire de l’élève réunionnais. L’élève réunionnais possède une culture spécifique. Il évolue dans un bain langagier qui n’est pas celui du français hexagonal, mais celui d’une langue créole aux formes syntaxiques marquées avec des variations locales du lexique comparables aux nombreux microclimats de cet espace insulaire. Des études psycho et socio linguistiques soulignent la situation allophone de l’élève réunionnais. Toutefois, cette réalité langagière est niée par une politique assimiliationniste ou intégrationniste depuis la loi de départementalisation de 1946.

-  PROBLÉMATIQUE  : La médiation grammaticale en école élémentaire à la Réunion montre une singularité qui interroge le modèle développé dans nos précédentes études sur le territoire métropolitain. Nous faisons l’hypothèse que la conceptualisation de faits grammaticaux, observée dans des glissements conceptuels (Clauzard, 2008), est contrariée : le passage d’une langue outil de communication, à dimension épilinguistique, à une langue objet de dimension métalinguistique diffère. Le jeune élève réunionnais n’exprime pas une activité métalinguistique non consciente (Culiolli) ou une posture épilinguistique (Gombert) : une connaissance intuitive et un contrôle fonctionnel de la langue de scolarisation qu’est le français.
- Notre questionnement est donc le suivant : En quoi la médiation grammaticale en école élémentaire se singularise-t-elle dans un espace créolophone comme celui de la Réunion ? Quelle réponse inclusive de sécurisation linguistique dans les apprentissages est-il possible d’apporter aux élèves réunionnais ? Nous nous appuyons sur le principe d’inclusion scolaire entendu comme à la fois une philosophie et un ensemble de pratiques pédagogiques qui permettent à chaque élève de se sentir respecté, valorisé, confiant et en sécurité de sorte qu’il puisse réaliser son plein potentiel d’apprenant. Ces enjeux posés, nous les exemplifierons par des captations d’apprentissage en étude de la langue en classe réunionnaise.

- SUPPLÉMENT D’ENQUÊTE = Une enquête auprès d’enseignants novices et confirmés complète notre investigation.

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