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Savoirs professionnels et indicateurs de développement

mercredi 18 mai 2016, par Philippe Clauzard

- Les savoirs professionnels visant l’efficacité au travail : ils forment l’ensemble des indicateurs conceptuels qui caractérisent les savoirs construits et mobilisés par les acteurs en situation d’activité professionnelle, seuls ou en collaboration, voire en coordination, avec des collègues de travail. Ces savoirs ont pour fonction commune d’aider l’acteur à mieux maîtriser les situations professionnelles qu’il est amené à rencontrer (situations familières et/ou nouvelles). En d’autres termes, l’aider à être moins démuni devant une situation particulière. Le terme « d’efficacité » rejoint en partie le sens du concept de « compétence ». Pour reprendre les termes de Vergnaud (2007), est compétent un acteur qui sait faire quelque chose qu’un autre acteur ne sait pas faire. De même, un acteur est plus compétent au temps « t+1 » qu’au temps « t » s’il sait faire au temps « t+1 » ce qu’il ne savait pas faire au temps « t ». L’augmentation de l’efficacité au travail peut être associée parallèlement à une augmentation ou à une amélioration du répertoire des ressources professionnelles de l’acteur. Nous avons catégorisé les indicateurs relatifs aux savoirs professionnels visant l’efficacité au travail en fonction de deux types d’apprenant : le sujet individuel ou bien le collectif. (...)
- Nous pouvons caractériser un certain nombre de savoirs professionnels que les sujets mettent en œuvre pour traiter des situations de travail. Ces savoirs peuvent intégrer plusieurs composantes relevant de l’organisation des représentations, de l’activité et de la maîtrise des artefacts et outils (Samurçay & Rabardel, 2005). (...)
- Les représentations peuvent porter sur les objets professionnels et leurs relations, les rapports entre des acteurs à la tâche (soi et les autres) et aux situations. Ces représentations, souvent différentes selon les professionnels, se constituent à partir de leurs expériences et de leurs connaissances. Pour Wartofsky (1979), les hommes accèdent à la connaissance nécessaire à la conduite de leur activité en ayant recours à des représentations prenant la forme de théories, de modèles scientifiques, d’images artistiques, etc. : « il n’y aucune connaissance humaine sans représentation ». Supports de ces représentations, les artefacts, en leur qualité de constructions sociales, cristallisent des modèles qui guident la perception et l’activité cognitive des individus :« les modèles sont des vérités données » (Wartofsky, 1979) qui offrent des opportunités d’action. Ils ont la vertu de désigner « ]…] un mode d’action approprié, une représentation de la pratique éventuelle, ou un mode d’action acquis ». (...)
- Les psychologues ont proposé un certain nombre de concepts permettant d’étudier les représentations des acteurs professionnels ; « l’image opérative », « les représentations opérationnelles » et « les modèles mentaux ». Selon Ochanine (1981, 225), « les images opératives sont des structures informationnelles spécialisées qui se forment au cours de telle ou telle action dirigée sur des objets ». Vermersch (1981) a proposé le concept de représentations opérationnelles mettant en évidence les fonctions d’adéquation, de fonctionnalité et d’adaptation réussie à une tâche. Norman (1983) parlera quant à lui de la formation des modèles mentaux que se construisent les professionnels vis-à-vis d’eux-mêmes et des objets avec lesquels ils interagissent. (...) Leplat (1985) emploie l’expression de représentation fonctionnelle et la distingue de celle de représentation non-fonctionnelle. La représentation, selon l’auteur, est fonctionnelle dans la mesure où elle assure la planification et le guidage de l’action. Le rôle de la représentation fonctionnelle est de permettre à l’acteur d’anticiper les conséquences de sa propre action en terme de résultats mais également de processus intervenant dans l’action. Les représentations constituent « un mécanisme de filtrage » qui permettent aux professionnels de retenir et de traiter les dimensions de la situation jugées les plus importantes pour réaliser leurs buts (Zakay & Wooler, 1984). Selon Rasmussen (1979), l’efficience des processus cognitifs dans le travail tient en grande partie aux possibilités de transformation des représentations et à la possibilité d’avoir accès à plusieurs d’entre elles au même moment. L’étude du développement professionnel pourrait se centrer sur l’élaboration de ces représentations, leurs évolutions dans le temps, leurs rapports, leur organisation, les conditions de leur mise en œuvre et du passage de l’une à l’autre. Enfin, Rasmussen (1979) a proposé un classement des représentations dans le domaine du travail en termes de niveaux d’abstraction, hiérarchiquement organisés. Sur une échelle abstrait-concret, il catégorise un certain nombre de représentations (depuis la représentation par l’apparence physique à la représentation en termes de but fonctionnel). Selon l’auteur, plus on passe à un niveau abstrait de la représentation, et plus on donne des informations de type fonctionnel qui guident plus efficacement l’action.

Voir en ligne : Extraits de l’article : Le développement professionnel : quels indicateurs ? Revue Questions vives n°11

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