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Artéfact, instrument, genèse instrumentale, catachrèse selon Rabardel

mercredi 18 mai 2016, par Philippe Clauzard

« La notion d’artefact désigne en anthropologie toute chose ayant subi une transformation, même minime, d’origine humaine, elle est donc compatible avec un point de vue anthropocentrique, sans spécifier celui-ci plus avant. Elle présente, d’autre part, l’avantage de ne pas restreindre la signification aux choses matérielles (du monde physique) en comprenant sans difficulté les systèmes symboliques qui peuvent aussi être des instruments. Elle est enfin voisine du terme anglo-saxon et se prête ainsi mieux à la communication ». (RABARDEL, 1995a, p. 49) (...) « C’est le terme d’artefact que nous utiliserons désormais dans une optique de désignation « neutre » ne spécifiant pas un type de rapport particulier à l’objet. Cependant nous lui donnerons un contenu plus précis que celui de « chose ayant subi une transformation d’origine humaine ». En effet, ce qui nous intéresse, c’est la chose susceptible d’un usage, élaborée pour s’inscrire dans des activités finalisées ». (RABARDEL, 1995a, p. 49) (...) « L’instrument est une entité mixte qui comprend d’une part, l’artéfact matériel ou symbolique et d’autre part, les schèmes d’utilisation, les représentations qui font partie des compétences de l’utilisateur et sont nécessaires à l’utilisation de l’artefact. C’est cette entité mixte, qui tient à la fois du sujet et de l’objet qui constitue l’instrument véritable pour l’utilisateur ». (RABARDEL, 1995b, p. 64) « L’instrument n’est donc pas « donné » mais doit être élaboré par le sujet. L’appropriation de l’instrument par les utilisateurs résulte d’un processus progressif de genèse instrumentale.(…) L’instrument constitué n’est pas éphémère, il a un caractère permanent et fait l’objet d’une conservation comme moyen disponible pour des actions futures, même si, bien entendu, il évoluera en relation avec les situations d’action auxquelles il sera associé par le sujet ». (RABARDEL, 1995b, p. 64) (...) « Un processus de genèse et d’élaboration instrumentale, porté par le sujet et qui, parce qu’il concerne les deux poles de l’entité instrumentale, l’artéfact et les schèmes d’utilisation, a lui aussi deux dimensions, deux orientations à la fois distinguables et souvent conjointes : l’instrumentalisation dirigée vers l’artéfact et l’instrumentation relative au sujet lui-même. » (RABARDEL, 1995a, p. 109) La genèse instrumentale désigne deux aspects : L’instrumentation lorsqu’elle est dirigée vers le sujet lui même « Les processus d’instrumentation sont relatifs à l’émergence et à l’évolution des schèmes d’utilisation et d’action instrumentée : leur constitution, leur fonctionnement, leur évolution par accommodation(…) » (RABARDEL, 1995a, p. 111) (...) « Une situation de catachrèse est celle où l’on se sert d’un instrument en lui conférant un autre usage que celui auquel il est initialement destiné, ou encore lorsqu’un appareillage sert en dehors des limites normales de son fonctionnement ».

Nous avons ainsi deux processus : un processus d’instrumentalisation qui rend compte de l’attribution de fonctions à l’artefact par le sujet en prolongement de ses fonctions initialement prévues ; un processus d’instrumentation qui rend compte de la construction d’habiletés par le sujet par adaptation, recomposition à partir d’anciennes et création de nouvelles.

Les fondements de l’approche instrumentale de Pierre Rabardel (1995) sont constructivistes et socio-constructivistes. Cette approche contribue à la théorisation d’une approche anthropocentrique des techniques (Rabardel, 1994). (...) Selon Contamines et al. (2003), l’approche instrumentale de Rabardel (1995) repose sur trois concepts fondamentaux : la distinction artefact/instrument, la genèse instrumentale et le champ instrumental d’un artefact. La distinction entre artefact et instrument réside dans les conceptions associées. Si l’artefact est premièrement conçu et réalisé par une personne ou une une équipe de personnes pour répondre à un (des) objectif(s) précis, l’instrument est construit par le sujet à partir de cet artefact au cours de son usage lors d’une activité : des fonctions initialement conçues et prévues par le concepteur de l’outil — les fonctions constituantes — sont modifiées et d’autres fonctions nouvelles — les fonctions constituées — sont créées, au cours de son usage. Le concept de genèse instrumentale consiste ainsi en l’élaboration de l’instrument à partir de l’artefact par l’utilisateur au cours de l’activité. Enfin, le concept de champ instrumental d’un artefact est constitué par l’ensemble des valeurs fonctionnelles et subjectives que l’artefact peut prendre au sein de l’activité d’un individu. (...) Selon lui, un artefact est donc tout objet technique ou symbolique ayant subi une transformation d’origine humaine, si petite soit-elle. (...) Quant à l’instrument, deux niveaux de définition sont donnés. Au premier, un instrument est défini comme un artefact inscrit en situation dans un usage comme moyen d’action d’un utilisateur. Au deuxième niveau, l’instrument est une « entité mixte », qui tient à la fois du sujet et de l’artefact. Pour ce faire, Rabardel montre que l’instrument comprend, d’une part, un artefact matériel ou symbolique produit par l’utilisateur ou par d’autres, et d’autre part, un ou des schèmes d’utilisations associés qui résultent d’une construction propre du sujet ou de l’appropriation de schèmes sociaux préexistants. (...) Le passage de l’artefact à l’instrument renvoie à un processus de genèse instrumentale. Au cours de ce processus, un même artefact peut, pour différents utilisateurs, se voir attribuer diverses fonctions, caractéristiques de l’élaboration d’instruments (Rabardel, 1995). Le concept de genèse instrumentale permet de saisir à la fois l’évolution des artefacts liée à l’activité de l’utilisateur et l’émergence des schèmes d’utilisations comme participant d’un même processus et d’élaboration instrumentale (Béguin et Rabardel, 2001). Rabardel montre que ces genèses instrumentales apparaissent aux deux pôles de l’entité instrumentale – artefact et schèmes d’utilisation – et présentent deux dimensions : l’instrumentation — orientée vers le sujet — et l’instrumentalisation – orientée vers l’artefact. Le processus de genèse instrumentale a une durée variable. Il peut, selon la nature de l’activité ou de l’artefact, durer de quelques minutes à plusieurs années. L’instrument constitué peut aussi être éphémère (Contamines et al., 2003). Il est lié aux circonstances singulières de la situation et aux conditions auxquelles le sujet est confronté. Il peut faire l’objet d’une conservation durable et s’intégrer aux moyens disponibles pour des actions futures. Le processus d’instrumentation est un processus d’apprentissage : les schèmes d’usage évoluent, se transforment, d’autres se créent, se développent et s’incorporent aux schèmes préexistant. L’utilisateur apprend et évolue (Contamines et al., 2003) et c’est au cours de ce processus d’instrumentation qu’il y a un processus de conceptualisation (Haspékian, 2005 ; Rabardel et Pastré, 2005).

Rabardel (1994) évoque un détournement fréquent des technologies — phénomène de catachrèse – pour montrer l’écart grandissant entre le prévu lors de la conception et le réel dans l’utilisation des technologies contemporaines. Pour Rabardel, ces catachrèses sont des indices éloquents qui témoignent de la contribution de l’utilisateur à la conception des usages des artefacts, à l’attribution de nouvelles fonctions et « de l’institution par le sujet des moyens adaptés en vue des fins poursuivis et de l’élaboration d’instruments destinés à être insérés dans son activité en fonction de ses objectifs ».

Source des extraits précités : http://www.adjectif.net/spip/spip.p... Pour analyser la place et le rôle des outils introduits dans des séances d’enseignement, nous nous référons à Rabardel (1995, 1999) dont les travaux s’inscrivent dans le champ de la psychologie ergonomique et cognitive et dans celui de la didactique professionnelle.


S’appuyant sur l’approche instrumentale fondée sur le rôle essentiel joué par les outils dans les activités et les apprentissages, Rabardel distingue artefact et instrument : l’artefact étant l’outil proposé à l’utilisateur, et l’instrument étant construit par l’usager lors de son activité. Du fait qu’il ne constitue qu’une proposition, l’artefact pourra ne jamais être développé par un sujet. Un artefact devient instrument lors d’un processus que Rabardel nomme genèse instrumentale ; l’instrument est le résultat d’un processus d’appropriation lors de la confrontation d’un sujet à des situations données, dans un contexte donné, lors d’une activité. On retrouve là le concept schème-situation (Vergnaud, 1990).

En résumé, un sujet construit un instrument x, à partir d’un artefact y, dans un environnement z, pour réaliser une tâche t. Source : http://theses.univ-lyon2.fr/documen...

Le point de départ de cette approche est la distinction que fait Rabardel (1995) entre artefact (tout objet matériel et symbolique) et instrument. Pour Rabardel, l’instrument est le fruit d’une construction par l’individu. Il n’est pas un « donné », il doit être élaboré par le sujet. L’instrument est une entité mixte, composé d’une part, de l’artefact et, d’autre part, des schèmes d’utilisation qui lui sont associés (qui peuvent être le fruit d’une construction propre du sujet ou d’une appropriation de schèmes sociaux d’utilisation).

La genèse instrumentale, combinaison de deux processus (Minh (2011) - adaptation de Trouche (2004))

Ce processus de construction et l’instrument lui-même ne sont pas neutres : ils vont avoir un effet sur la construction des savoirs et sur leur conceptualisation. La manière dont l’utilisateur va utiliser un artefact, les structures cognitives qu’il va construire et développer (schèmes d’utilisation) pour réaliser un type de tâche lors de l’usage de l’artefact vont avoir un impact sur les savoirs en construction.

L’appropriation de l’instrument est le résultat d’un processus progressif de genèse instrumentale. Le processus de genèse instrumentale (la transformation de l’artefact en instrument) dépend d’une part des contraintes propres aux instruments et des possibilités d’action qu’offrent les instruments et, d’autre part, des connaissances du sujet, de ses modes de travail, des représentations qu’il va construire au cours de l’utilisation de l’artefact.

Lors de la genèse instrumentale, un double mouvement s’établit entre l’artefact et le sujet :

L’instrumentalisation (mouvement du sujet vers l’artefact) : l’usager adapte l’outil à ses besoins ; ses connaissances vont le guider pour sélectionner, utiliser les fonctions dont il a besoin pour l’action en cours. Ce processus prend appui sur les caractéristiques et propriétés intrinsèques de l’artefact. Il peut être défini comme un processus d’enrichissement des propriétés de l’artefact par le sujet. Des fonctions nouvelles peuvent émerger qui ne sont pas forcément prévues par les concepteurs des artefacts (catachrèse).

L’instrumentation (mouvement de l’artefact vers le sujet) : les contraintes et potentialités de l’artefact influencent et conditionnent l’action de l’individu (ses représentations, ses gestes, procédures, etc.). L’usager modifie son activité, ses schèmes d’action, d’utilisation pour user des fonctionnalités de l’outil. La découverte progressive des propriétés intrinsèques de l’artefact par le sujet s’accompagne de l’accommodation de ses schèmes, mais aussi de changements de signification de l’instrument résultant de l’association de l’artefact à de nouveaux schèmes.

Relevons que les schèmes n’ont pas qu’une dimension privée, ils ont également une dimension sociale dans la mesure où leur émergence résulte en partie d’un processus collectif. A l’école, notamment, les élèves développent de nouveaux schémas mentaux au sein du contexte de la communauté de la classe (Minh, 2011).

Pour Rabardel (1995), les situations d’activité instrumentée sont caractérisées par « l’insertion, par le sujet d’un ou (plusieurs) instruments dans son activité ». L’instrument, d’après l’auteur, est une entité mixte constituée d’un artefact et de schèmes d’utilisation qui y sont associés.

L’artefact peut-être matériel ou symbolique, produit par l’utilisateur ou par d’autres. Rabardel (1995) tente ainsi d’articuler le concept de schème proposé par Piaget et Vergnaud et celui d’instrument psychologique proposé par Vygotski. Le développement professionnel peut-être ainsi étudié en fonction de l’évolution des instruments psychologiques, au sens de Rabardel, construits et mobilisés par l’acteur professionnel en situation d’activité finalisée. La notion « d’instrument psychologique » s’appuie sur la thèse de la psychologie russe concernant la genèse sociale des fonctions psychiques des sujets. La transformation psychique des acteurs se réalise à travers la médiation des différentes catégories d’outils forgés par la culture.

Le concept « d’instrument psychologique » introduit par Vygotski (1934) puis repris par Engeström (1987) ou Rabardel (1997) permet d’étudier les ressources construites par les sujets associés à l’utilisation des artefacts culturels présents au sein de leur environnement. Wartofsky considère les artefacts (outils et langage) « comme étant des objectivations des besoins et des intentions humains ; c’est-à-dire comme déjà investis d’un contenu cognitif et affectif. L’outil est appréhendé à la fois dans son utilisation, et dans sa production, dans une perspective instrumentale, comme quelque chose destiné à être fait pour et employé selon un certain but » (Wartofsky, 1979, p.204).


Références :

Rabardel, P. (1995). Les hommes et les technologies : Approche cognitive des instruments contemporains. Paris : Armand Colin. (Parties 1 et 2). Rabardel P. (1995). Qu’est-ce qu’un instrument ? Les dossiers de l’Ingénierie éducative. 19, 61-65. Bernard, F. Boulc’h, L, Arganini, G. (2013). Utilisation de tablettes numériques à l’école. Une analyse du processus d’appropriation pour l’apprentissage. STICEF, volume 20. Marquet P., Dinet J. (2004). Les premiers usages d’un cartable numérique par les membres de la communauté scolaire : un exemple en lycée, Revue française de pédagogie, vol. 146, p. 79-90. Tran Kiem Minh (2011). Apprentissage des fonctions au lycée avec un environnement logiciel : situations d’apprentissage et genèse instrumentale des élèves, Thèse. Trouche, L. (2004). Environnements informatisés et mathématiques : quels usages pour quels apprentissages. Educational Studies in Mathematics, 55, 181-197.

Source documentaire : http://tecfalabs.unige.ch/mitic/node/92


L’approche instrumentale (Rabardel, 1995) est ancrée dans les théories de l’activité : l’homme est entouré d’artefacts et de technologies culturellement constitués qu’il peut mobiliser au cours de son activité afin d’atteindre son objectif, d’agir sur l’objet de son activité. Lorsque ces artefacts jouent le rôle de médiateur entre le sujet et l’objet ils deviennent alors des instruments.

2.4.1. L’instrument, une entité mixte Un objet technique n’est pas d’emblée un instrument, c’est d’abord un artefact. Il n’est qu’une proposition qui sera développée ou non par un utilisateur ; il deviendra instrument lorsqu’il sera transformé dans l’activité par son utilisateur en fonction d’un usage construit par celui-ci. L’artefact associé au geste qui le rend efficace constitue l’instrument. A travers l’usage se constitue progressivement une organisation invariante de l’action, un schème (Rabardel, 1995).

Dans cette perspective, l’instrument est défini comme une entité mixte, il est constitué :

- d’un artefact matériel ou symbolique produit par l’utilisateur ou par d’autres ;

- d’un ou des schèmes (Vergnaud, 1990) associés. Un schème peut être considéré comme la composante psychologique du geste.

L’instrument peut avoir différentes fonctions et constituer un médiateur dans différents types de relations et de directions : vers l’objet de l’activité, vers soi et vers les autres (Rabardel, 1995), p 16. L’instrument comme médiateur de la relation entre sujet et objet de l’activité peut permettre de transformer cet objet (médiation pragmatique) ou de construire des connaissances sur celui-ci (médiation épistémique). L’instrument peut par ailleurs permettre de réguler l’activité propre de la personne (médiation réflexive), ou de supporter la communication et la collaboration entre les acteurs de l’activité (médiation interpersonnelle).

2.4.2. Genèse instrumentale La « genèse instrumentale » (Rabardel, 1995) est le processus par lequel un artefact matériel devient progressivement un instrument. Cette genèse associe simultanément deux processus, deux formes de transformations différentes, l’instrumentalisation et l’instrumentation :

- l’instrumentalisation renvoie au mouvement d’ajustement de l’artefact par l’utilisateur. Pour atteindre son objectif, celui-ci lui attribue de nouvelles propriétés en agissant sur sa structure et sur son fonctionnement. L’instrumentation peut être envisagé comme un processus de différenciation des artefacts (Trouche, 2002), portant à la fois sur leur contenus (fichiers, logiciels installés dans les ordinateurs), et « sur les parties de l’artefact mobilisés par le sujet.[...] L’instrumentalisation peut ainsi conduire soit à un enrichissement de l’artefact, soit à un appauvrissement de celui-ci. » (Trouche, 2002), p. 193. L’ordinateur peut être considéré comme un ensemble d’artefacts (objet matériel, système d’exploitation offrant différentes fonctionnalités, applications), qui peuvent chacun faire l’objet d’une instrumentalisation.

- l’instrumentation renvoie à « l’ajustement » de l’utilisateur à l’artefact. Autrement dit, l’utilisateur s’adapte, développe de nouvelles capacités, de nouvelles compétences, transforme son activité ; il met ainsi en place de nouvelles organisations de l’activité, de nouveaux schèmes par recomposition à partir de schèmes existants, par création de nouveaux schèmes ou par appropriation de schèmes socialement partagés. Ces schèmes sont élaborés et associés à l’artefact pour réaliser une activité donnée.

Ce processus s’inscrit dans la durée. Il est donc important d’analyser la genèse instrumentale dans une perspective diachronique.

Source : http://sticef.univ-lemans.fr/num/vo...


Pour Rabardel (1999, p. 15) l’instrument en tant qu’objet matériel, production concrète « contient, sous une forme spécifique l’ensemble des rapports que le sujet peut entretenir avec la réalité et dans laquelle il permet d’agir ». Ces rapports se définissent selon deux composantes de l’instrument : l’artefact, c’est-à-dire, l’instrument tel qu’il apparait aux yeux du sujet et les schèmes d’utilisation, c’est-à-dire tout ce qui résulte de la construction propre au sujet : les schèmes sociaux préexistants et les schèmes d’usage (Figure 1). L’instrument se construit ainsi dans l’usage et les contextes et n’est jamais figé. Rabardel (1995) distingue ainsi deux rapports principaux entre les hommes-sujets et les artefacts technologiques (ou symboliques) :

L’artefact est objet de l’activité, notamment dans les activités de dépannage, maintenance, contrôle ;

L’artefact est moyen, ressource mobilisée ou mobilisable de l’activité, c’est ainsi le cas des scénarios pédagogiques mutualisés ;

Cette approche instrumentale nous intéresse ainsi à double titre. D’une part, elle permet de définir l’activité du formateur. En effet, dans le cadre de cette activité, l’instrument devient le support de médiations instrumentales définies par Rabardel (1995) :

La médiation épistémique : l’instrument est un moyen qui permet la connaissance de l’objet de l’activité ;

La médiation pragmatique : l’instrument est moyen d’une action transformatrice dirigée vers l’objet de l’activité ;

La médiation heuristique : l’instrument est moyen d’une action transformatrice dirigée vers le sujet même ;

La médiation collaborative : l’instrument est moyen d’une action transformatrice dirigée vers l’action de l’autre sujet.

17D’autre part, le formateur s’approprie l’artefact en lui conférant des fonctions qui vont au-delà de ses fonctions constituantes, de ses potentialités à travers des activités de genèse instrumentale, envisagées par le biais de deux processus : l’instrumentation ou l’adaptation du sujet aux contraintes que constituent l’artefact et ses fonctions constituantes et l’instrumentalisation ou la transformation (enrichissement ou spécification) de l’artefact ou d’une partie de l’artefact afin d’en faire un moyen pour l’activité. La combinaison de ces deux processus conduit à la réorganisation d’une partie des schèmes d’utilisation et à la modification de l’instrument.

18L’appropriation au même titre que la genèse instrumentale, est ainsi un processus en train de se faire donc dans un continuum inscrit à la fois dans une temporalité longue (temps de la vie) et dans une temporalité brève (temps de l’activité) du sujet. Le sujet s’approprie l’artefact en s’appuyant sur le monde extérieur et les préconstruits sociaux (les méthodes, les concepts, les normes, les genres des collectivités auxquelles il appartient), il développe son pouvoir d’agir. Les ressources sont ainsi déterminantes pour « être capables d’agir » et « pouvoir agir » dans ces structures sociales. Rabardel (2005) propose de conceptualiser les rapports entre capacité et pouvoir, c’est-à-dire la différence entre ce qui est mobilisable, dans une situation donnée, par le sujet et ce qui est effectivement possible, ce qui est au pouvoir du sujet, dans la singularité de la situation. La capacité d’agir est liée à « l’ensemble des ressources développées comme moyens potentiellement opératifs dans le monde où ils peuvent être mobilisés et mis en œuvre par les sujets ». Le pouvoir d’agir » se situe par rapport à un rapport singulier au monde réel, rapport qui actualise et réalise la capacité d’agir en en transformant les potentialités en pouvoir » (Rabardel, 2005, p. 19).

Source : https://journals.openedition.org/ac...


L’affordance c’est la stratégie prise par un sujet dans une multitude de chemins possibles/offerts pour utiliser un objet (artefact) L’affordance fait référence au contexte de vie de l’individu en prenant en compte la culture du sujet, son âge, sa motricité, son développement cognitif pour appréhender l’objet.


L’instrumentation, c’est donc ce processus par lequel les contraintes et les potentialités d’un artefact vont conditionner durablement l’action d’un sujet pour résoudre un problème donné. Il n’y a pas d’automaticité stricte, un même artefact ne va pas structurer nécessairement la même activité chez deux individus différents : il va rencontrer des habitudes de travail antérieures, des connaissances différentes qui vont jouer aussi dans le choix des commandes et de leur enchaînement et donc dans les nouvelles connaissances, les théorèmes-en-acte, qui vont être construites. Mais la façon dont un artefact est structuré va induire plutôt telle ou telle organisation de l’action. Pour comprendre ce processus, l’analyse de l’ergonomie d’un artefact est nécessaire : comment sont organisées les touches, les menus, les commandes ? Il est intéressant de constater, par exemple, que, sur une calculatrice graphique, ce sont en général les touches graphiques qui sont d’accès direct et que les touches numériques sont « cachées » derrière les touches graphiques (on y accède par une combinaison de touches). C’est bien une prescription – relative – pour une étude graphique plutôt que numérique des phénomènes. 2. L’instrumentalisation. L’instrumentalisation est un processus de personnalisation de l’artefact, c’est donc un processus de différentiation des artefacts, par lequel chaque usager met cet artefact à sa main. Tous les professeurs en connaissent des manifestations dans l’univers des calculatrices : stockage de jeux, de théorèmes, personnalisation de la barre de menus, installation de programmes spécifiques téléchargés sur Internet. Ce processus peut être considéré comme un détournement ou comme une contribution de l’usager au processus même de conception de l’instrument.

Source :

http://profmath.uqam.ca/ maheuxjf/c...

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