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Principe canonique de l’ergonomie et analyse du travail

samedi 18 mai 2013, par Philippe Clauzard

- L’analyse des activités professionnelles doit prendre appui sur un système théorique cohérent et ouvert. La science du travail qu’est l’ergonomie nous semble appropriée pour fournir des grilles de lecture des pratiques professionnelles ou pour permettre d’en construire de plus pertinentes concernant un métier donné . Et ainsi pouvoir analyser le travail afin d’en tirer des enseignements, en vue de son apprentissage, ce qui est le projet de la didactique professionnelle, initiée par Pierre Pastré, issue du monde de l’ergonomie.

- Le principe canonique de l’ergonomie est de souligner que le travail réel d’un praticien n’est jamais la simple réalisation du travail prescrit. Le rapport entre les deux varie selon les praticiens et selon les situations. Interroger cet écart est un des enjeux essentiels de toutes pratiques réflexives, de toute analyse de la pratique professionnelle. (Présenter le tableau issu de la thèse du travail prescrit au travail réel de la prescription au travail réel chez l’enseignant)

- Il convient d’adosser la pratique de la réflexivité sur son travail aux sciences du travail. Si on considère que le praticien réflexif porte son regard essentiellement sur des pratiques professionnelles, des éléments du travail, au minimum cette réflexivité se situe naturellement dans le monde du travail. Du coup, on peut justement la qualifier ou la requalifier comme une analyse travail, même si cela évoque avant tout une méthodologie de recherche, c’est-à-dire l’analyse ergonomique du travail. Sa dénomination nous paraît plus juste, car elle place d’emblée la réflexivité sur la profession, dans le travail, entendu comme l’activité effective des travailleurs, leur activité concrète. Elle nous plonge aussi dans le paradigme fort heuristique travail prescrit/travail réel dont les écarts sont un véritable enseignement. Enfin, cette démarche est historiée, elle est référée à un mouvement de recherche scientifique, une histoire avec l’ergonomie de langue française dans la ligne de Montmollin et Leplat, la psychologie du travail d’orientation vigotskienne autour de Clot, de l’ergologie de Schwartz, de la sociologie clinique du travail illustrée par Jobert ou la psycho dynamique du travail développé par Dejours. Malgré leurs différences d’approche, tous ont en commun un intérêt pour le travail comme activité humaine à la fois spécifique et fondamentale, générique et singulière. On les retrouve tous sur un même lieu : le conservatoire national des arts et métiers où la plupart enseignent.
- L’analyse du travail s’est développée dans une perspective de recherche et d’intervention. Elle a engendré la didactique professionnelle initiée par Pierre Pastré, laquelle est une didactique des métiers qui analyse le travail en vue de former. Ces outils sont la simulation, le débriefing, l’auto confrontation simple ou croisée, voire l’instruction au sosie empruntée à la psychologie travail, la clinique de l’activité.

L’analyse du travail fait avancer la question du praticien réflexif sur les points suivants :

– la conceptualisation et l’explicitation de l’écart entre travail réel travail prescrit – La distinction entre la tâche, la représentation de la tâche et l’activité – la réflexion sur les enjeux de l’autonomie au travail – La notion d’intelligence au travail – la notion de travail adressé à autrui (clôt) – Les concepts de genre et de style (clôt inspire de Baktine) – la reconnaissance de l’investissement personnel et subjectif dans le travail et son rôle dans le développement de la personne avec les concepts d’activité productive et activité constructive (Rabardel) – La reconnaissance de la souffrance et de la peur au travail – L’idée d’une formation par le travail et d’un apprendre des situations de travail – le concept de compétences (compétences individuelles et compétences collectives articulées dans le travail) – Le poids de l’organisation générale du travail dans l’activité du professionnel.

- L’analyse du travail est toujours contextuelle au milieu professionnel dont il est question. Aussi il n’existe pas de savoir analyser le travail qui est universel. Il n’existe aucun savoir analyser le travail qui s’applique à n’importe quelle réalité, il n’existe pas de compétences analytiques transversales s’exerçant indépendamment des objets à analyser et des savoirs constitués à leurs propos. Des analyses pertinentes se fondent sur une connaissance des réalités sur lesquelles la réflexivité s’opère. Une expertise du métier, du moins une familiarité avec le métier s’impose pour pouvoir l’analyser. Cela étant chaque praticien réflexif s’exerce dans son propre champ d’activité professionnelle.

Reste néanmoins une logique analytique, une posture d’analystes du travail qui est relativement invariante :

– découpage du réel en composantes conceptualisées séparément – Mise en évidence des relations – Recherche d’explications pertinentes ou de configurations significatives – Suspension du jugement normatif – effort de formalisation des observations et de leurs interprétations.

Il apparaît plus intéressant et plus parlant de présenter une démarche analytique, Les analyses de pratique professionnelle à partir de situations concrètes, d’expérience en la matière.

Ainsi, je vous présenterai mon expérience d’analyse du travail de l’enseignant qui fait apprendre la grammaire à ses élèves au travers du cadre théorique de la didactique professionnelle. Mon exemple de recherche permet ainsi d’appréhender les concepts d’invariants opératoires ou organisateurs de l’activité et de modèle opératif qui font toute la singularité de l’activité, les stratégies, en l’occurrence d’un enseignant de grammaire. Nous observerons comment le recueil des données, le dispositif de l’autoconfrontation, le traitement des données et l’analyse des protocoles s’articulent à cette théorie intégratrice.

L’analyse de la pratique du métier, de l’activité professionnelle constitue aujourd’hui pour tous un outil de formation qui ambitionne de favoriser le perfectionnement professionnel des acteurs, définis comme un ajustement, juger les meilleurs aux situations professionnelles rencontrer. C’est le développement d’une capacité fondamentale d’adaptation aux situations nouvelles rencontrées dans le travail.

Ayant pour objectif une meilleure maîtrise de l’âge professionnel par un travail de repérage l’autonomie, de la responsabilité du praticien, de ses routines, de ses compétences conscientes ou incorporées (c’est-à-dire les compétences qui sont inconscients, non révélés aux praticiens parce qu’elles font corps avec lui-même et sa pratique de son métier), on peut dire que le dispositif d’analyse de l’activité de travail permet à chacun de s’approcher de l’image du praticien qu’il souhaite devenir, en lui fournissant des occasions de repérer celui qu’il est et ses écarts avec celui qu’il croit être (dans un rapport à l’identité, à son identité professionnelle) et aussi à développer des aptitudes opératoires d’ajustement à la variabilité des situations et ainsi accroître son efficience dans un rapport opérationnel au métier. Il s’agit aussi de repérer ce que l’on fait et les écarts avec ce que l’on croit faire. Il se conjugue alors un rapport identificatoire au métier et un rapport opératoire au métier dans une visée constructive du professionnel qui accroît son pouvoir d’agir dans son travail.

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