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Concept et conceptualisation... la base d’appui du glissement conceptuel

jeudi 25 août 2016, par Philippe Clauzard

- La conceptualisation reste un terme mystérieux, cependant caractéristique du philosopher, essentiel à son activité. On l’utilise comme outil, on s’y réfère comme critère, sans pourtant jamais suffisamment tenter de définir son être ou de cerner plus précisément sa fonction. Dans l’enseignement de la philosophie, aucun effort particulier n’est exercé pour mettre en place une pratique de son utilisation : ce que l’on pourrait appeler des exercices ou un apprentissage de la conceptualisation.

- Ceci pour une première raison, habituelle et limitative du philosopher : sur la notion même de concept, les thèses philosophiques se heurtent. Qu’est-ce qui distingue le concept de l’idée, de la notion, de l’opinion, du thème, de la catégorie, etc. ? Déjà, demandons-nous quel peut être l’intérêt ou l’utilité de ce type de nuance ou de distinction. Pour certains, la spécificité du concept réside dans une certaine prétention à l’objectivité, à l’universalité. Dans quelle mesure ce terme est-il à la mesure de cet attribut spécifique, ou des prétentions générales qui lui sont attribuées ?

- De ce fait, et pour éviter les querelles et procès en hétérodoxie, si courants en philosophie, le concept reste quelque chose que l’on utilise intuitivement, sans jamais vraiment se risquer à articuler sa “véritable” nature, en évitant de trop théoriser sur la question. “Véritable”, tout au moins dans l’esprit de celui qui est censé initier des élèves à la démarche philosophique ; “cohérence” ou “clarté” devrait-on dire. Démarche qui, si elle peut s’épargner le concept du concept, pourra difficilement se passer de concepts. Peut-être est-ce justement en ce décalage entre la définition et l’utilisation que s’articule la nature particulière du concept. En effet, en suivant le langage courant, si l’on “trouve” ou l’on “a” une idée, si l’on “a” des notions, on “invente” et l’on “utilise” un concept.

- Ainsi le concept est très naturellement un outil, un instrument de pensée, une invention, comme celle de l’ingénieur. Si l’idée est une représentation, si la notion est une connaissance, le concept est donc un opérateur.

- Qu’en est-il de l’universalité du concept ? Les concepts sont-ils spécifiques ou sont-ils généraux ? Appartiennent-ils à un auteur, tel le concept de noumène, attribuable spécifiquement à Kant ? Tombent-ils sous le sens commun, tel le concept de justice, qui semble émerger de la nuit des temps ? On peut opposer ces deux types de concept, mais on peut aussi affirmer qu’ils sont indissociables. Si le premier est plus particulier et moins fréquent, il trouve son sens et la preuve de son opérativité dans l’écho que lui offre le sens commun. En effet, dans le cas du noumène, il est facile d’admettre ou d’imaginer que toute entité déterminée est dotée d’une sorte d’intériorité. Le deuxième, la justice, en dépit de sa banalité aujourd’hui, est le produit d’une genèse et d’une histoire qui, d’une intuition commune, a d’ailleurs engendré deux sens : l’institution et la légalité d’une part, le principe et la légitimité d’autre part.

- Toutefois, afin de relier les deux attributs du concept, universalité et fonction, proposons l’hypothèse suivante : l’universalité d’un concept est déterminée par son efficacité, par la possibilité de son utilisation et par son utilité. Autrement dit, le concept se doit d’être clair pour être un concept, de même que son utilité se doit d’être manifeste. Il évitera les nuances à l’infini de définitions dont on ne saisit plus tellement l’intérêt.

- À l’instar d’une fonction mathématique, il doit permettre de résoudre un problème, il n’existe pas pour son propre intérêt. S’il ne peut faire l’économie de la précision, il ne peut surtout pas faire celle de l’application. Ainsi, aussi singulier soit-il, son opérativité lui accordera un statut d’universalité.

- Pour émerger d’une pratique empirique où tout s’effectue au cas par cas, au travers d’une simple recette, on tentera de conceptualiser l’action ou la pensée particulière. C’est-à-dire d’abstraire ce qui est essentiel et commun aux divers cas de figure possibles. Il s’agira dès lors de sortir de la narration, de l’opinion et du concret pour entrer dans l’analyse.

Voir en ligne : Suite de l’article de Oscar Brenifier, philosophe praticien

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