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Analyse de contenus

dimanche 10 mai 2015, par Philippe Clauzard

L’analyse de contenu est un ensemble d’instruments méthodologiques de plus en plus raffinés et en constante amélioration s’appliquant à des « discours » extrêmement diversifiés et fondé sur la déduction ainsi que l’inférence. Il s’agit d’un effort d’interprétation qui se balance entre deux pôles, d’une part, la rigueur de l’objectivité, et, d’autre part, la fécondité de la subjectivité (Bardin, 1977). L’analyse de contenu s’organise autour de trois phases chronologiques : la préanalyse, l’exploitation du matériel ainsi que le traitement des résultats, l’inférence et l’interprétation.

L’analyse de contenu a pour objectif de recueillir et traiter des données mentionnées dans un texte pour le caractériser ou caractériser son auteur (personne, groupe ou organisation). Le texte peut être unique ou constituer une compilation d’articles, sites web, comptes-rendus, projets, transcriptions d’entretiens, réponses à des questions ouvertes, etc. Deux démarches de travail sont possibles :

repérer dans le(s) document(s) des informations répondant à des questions au préalable identifiées ; faire émerger des régularités, des tendances (tous les projets d’établissements parlent de…) ou des singularités (chaque projet présente telle particularité…).

Le matériau est un texte qui a été produit à l’intention de celui qui va l’analyser (rarement) ou dans un tout autre objectif (le plus souvent). L’analyse de contenu rejoint donc l’utilisation de données secondaires dans la mesure où ce qui est analysé n’a pas été produit dans la perspective de cette recherche particulière (à l’exception des retranscriptions d’entretiens). Par conséquent, on s’interrogera de la même manière sur :

la fiabilité des informations et de leurs sources ; l’adéquation entre la démarche et les outils mis en œuvre pour recueillir ces informations et votre propre étude.

Ce type d’analyse est notamment approprié pour :

l’analyse des idéologies, systèmes de valeurs, représentations ou opinions, au niveau des individus ou des organisations ; l’examen des logiques de fonctionnement d’organisation grâce aux documents qu’elles produisent et aux traces écrites qu’elles conservent.

La technique d’analyse repose sur des grilles qui seront appliquées de manière systématique à l’ensemble du texte. L’opération peut apparaître lourde mais son objectif est d’obliger celui qui analyse à prendre de la distance par rapport à ses intuitions et ses interprétations spontanées. Ainsi, l’analyse ne se fait pas à partir d’impressions générales et il est possible de justifier ce qui est dit dans un document ou une transcription d’entretien.

Si l’on sait précisément quelles sont les informations que l’on recherche dans le texte (indicateurs), on construira une grille d’analyse du texte du type : Document : Compte-rendu du CA du … Codeur : Denis INDICATEUR / INFORMATION À RECHERCHER RÉPONSE OBSERVATIONS Présence de tous les membres du CA. oui (liste des présences) des sujets pédagogiques et organisationnels sont abordés oui liste des thèmes pédagogiques abordés = xxxxxxxxxxxxxxx liste des thèmes organisationnels abordés = yyyyyyyy le CR mentionne également des thèmes "hors-sujet" pour un CA date de mise en œuvre du premier projet "le collège au cinéma" ? octobre 1999 un document détaillant le projet existe etc.

L’utilisation de grilles permet une approche systématique. On rédigera dans un second temps une synthèse des informations recueillies en fonction de l’objectif d’analyse poursuivi. Les grilles complétées pourront éventuellement être portées en annexes. Pour un exemple...

Pour leur part, les analyses thématiques de contenu cherchent à mettre en évidence les opinions ou les représentations du ou des rédacteurs du texte (ou de la personne qui a tenu les propos transcris dans le texte). L’analyse thématique catégorielle relève et quantifie l’apparition de thèmes pré-identifiés ou émergeant du texte. Pour un exemple...

Dans les enquêtes qui nous concernent, il est rarement fait appel à des analyses formelles ou structurales telles que l’analyse de l’expression (caractéristiques des formes de communication : longueur des phrases, hésitations, etc.), l’analyse de l’énonciation (dynamique du discours : ordre des séquences, répétitions, etc.) ou l’analyse des co-occurrences (associations de thèmes ou de mots au sein du discours).

Enfin, l’analyse des opinions porte sur les jugements formulés par le ou les auteurs du texte. On relèvera la fréquence de ces évaluations mais aussi leur direction (opinion positive ou négative) et leur force. Pour un exemple...

Des calculs de fréquences et des comparaisons entre textes sont possibles.

VOIR :

http://www.analyse-du-discours.com/...

Voir en ligne : article complet

P.-S.

- La préanalyse Il s’agit de l’étape préliminaire d’intuition et d’organisation pour opérationnaliser et systématiser les idées de départ afin d’aboutir à un schéma ou à un plan d’analyse. Cette phase a trois missions : le choix des documents à soumettre à l’analyse, la formulation des hypothèses ainsi que des objectifs et l’élaboration des indicateurs sur lesquels s’appuiera l’interprétation finale. Ces missions ne se succèdent pas obligatoirement de manière chronologique mais sont très liées les unes aux autres. La préanalyse ambitionne d’organiser l’information mais elle est composée, elle-même, d’activités non structurées et « ouvertes ». Pour mener à bien ses trois missions plusieurs étapes traversent la phase de la préanalyse : • le choix des documents, où on prend contact avec divers matériaux possibles pour déterminer celui (ou ceux) qui sera (ou seront) le mieux à même(s) de correspondre aux différents critères en jeu (Robert & Bouillaguet, 1997). • la lecture flottante pour faire connaissance avec les documents à analyser en laissant venir à soi les impressions et certaines orientations ainsi que pour délimiter le champ d’investigation, construire l’objet de la recherche (Robert & Bouillaguet, 1997). En présence des données, il s’agit donc de les lire et de les relire pour tenter de bien saisir leur message apparent (Savoie-Zajc, 2000).

• la formulation des hypothèses et des objectifs, où il faut reprendre chacun des épisodes d’observation et identifier le thème qu’il reflète, regrouper les thèmes proches ou semblables et identifier leur substance, ce qu’ils veulent dire. Cette démarche s’applique selon l’existence ou non d’un cadre d’analyse empirique ou théorique préalable. • le repérage des indices et l’élaboration des indicateurs, où il s’agit de choisir les indices contenus dans le corpus en fonction des hypothèses (si celles-ci sont déterminées) et de les organiser systématiquement sous forme d’indicateurs précis et fiables (Bardin, 1977). • la préparation du matériel, où on accomplit notamment les opérations de découpage du corpus en unités comparables, de catégorisation pour l’analyse thématique, … Bref, il s’agit de la « décontextualisation » impliquant que des parties d’entrevues ou des épisodes d’observation soient physiquement détachées de leur tout originel et regroupés par thèmes (Tesch, 1990 ; Savoie-Zajc, 2000).
- L’exploitation du matériel Le but poursuivi durant cette phase centrale d’une analyse de contenu consiste à appliquer, au corpus de données, des traitements autorisant l’accès à une signification différente répondant à la problématique mais ne dénaturant pas le contenu initial (Robert & Bouillaguet, 1997). Cette deuxième phase consiste surtout à procéder aux opérations de codage, décompte ou énumération en fonction des consignes préalablement formulées. Elle comporte deux étapesclés  : • l’opération de catégorisation consiste en l’élaboration ou en l’application d’une grille de catégories, c’est-à-dire des rubriques rassemblant des éléments ayant des caractères communs sous un titre générique, et en la classification des données du corpusiv dans celles-ci (Bardin, 1977). Il s’agit donc de la classification d’éléments constitutifs d’un ensemble par différenciation puis regroupement par genre (analogie) d’après des critères définis afin de fournir, par condensation, une représentation simplifiée des données brutes (Bardin, 1977). • le codage/comptage des unités où on applique les catégories au corpus et donc, où l’on remplit les grilles d’analyse selon, d’une part, l’unité d’enregistrement retenue, c’est-à-dire le « segment déterminé de contenu que le chercheur a décidé de retenir pour le faire entrer dans la grille d’analyse » (Robert & Bouillaguet, 1997, p. 30), et, d’autre part, l’unité de numération, c’est-à-dire « la manière dont l’analyste va compter lorsqu’il a choisi de recourir à la quantification ; l’unité de numération correspond donc à ce qu’il compte » (Robert & Bouillaguet, 1997, p. 30).
- Traitement, interprétation et inférence Lors de cette phase, les données brutes sont traitées de manière à être significatives et valides. Ainsi, des opérations statistiques simples, tels que, par exemple, des pourcentages, ou plus complexes, telles que, par exemple, des analyses factorielles, permettent d’établir des tableaux de résultats, des diagrammes, des figures, des modèles qui condensent et mettent en relief les informations apportées par l’analyse (Bardin, 1977). Ces résultats peuvent être soumis à des épreuves statistiques et des tests de validité pour plus de rigueur. Suite à cela, on avance des interprétations à propos des objectifs prévus ou concernant d’autres découvertes imprévues et on propose des inférences. L’interprétation des résultats consiste à « prendre appui sur les éléments mis au jour par la catégorisation pour fonder une lecture à la fois originale et objective du corpus étudié » (Robert & Bouillaguet, 1997, p. 31). Cette phase de l’analyse de contenu est certainement la plus intéressante puisqu’elle permet, d’une part, d’évaluer la fécondité du dispositif, et, d’autre part, la valeur des hypothèses.
- En analyse de contenu, l’inférence est un type d’interprétation contrôlée lors de laquelle on accomplit « une opération logique par laquelle on tire d’une ou de plusieurs propositions (en l’occurrence les données établies au terme de l’application des grilles d’analyse) une ou des conséquences qui en résultent nécessairement. Il s’agit donc de justifier la validité de ce qu’on avance à propos de l’objet étudié en exposant les raisons de la preuve » (Robert & Bouillaguet, 1997, p. 32). Pour Bardin, « les résultats acquis, la confrontation systématique avec le matériel, le type d’inférences obtenues peuvent servir de base à une autre analyse ordonnée autour de nouvelles dimensions théoriques ou pratiquées grâce à des techniques différentes » (Bardin, 1977, p. 100).

- EXTRAIT de http://www.recherche-qualitative.qc...

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