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Panorama sur les diverses analyses de pratiques

mardi 23 octobre 2012, par Philippe Clauzard

3 niveaux d’analyse, 3 objectifs, 3 procédures... d’après la synthèse de la Conférence de consensus sur l’analyse des pratiques enseignantes à Créteil en 2003.

Un premier niveau s’intéresse aux gestes professionnels (Robert et Mayen) dont l’observation permet de développer une meilleure connaissance du métier avec comme corollaire une meilleure adaptation.

Un second niveau s’attache à éclairer dans l’exercice du métier les processus qui sous-tendent l’action. On attend une prise de conscience qui permette aux professionnels de mieux mesurer l’écart entre l’intention inscrite dans l’action et la réalisation de cette action, c’est-à-dire l’écart entre le dire et le faire. Il s’agit de construire progressivement une connaissance du métier qui est aussi porteuse d’une nouvelle confiance en soi. (Richard Étienne.)

Un troisième niveau s’efforce d’aider le sujet à prendre conscience de ce qui empêche à son insu sa relation à l’autre dans son activité professionnelle. Ce qui est source de perturbation dans l’exercice professionnel et les configurations de l’affect en lien avec des aspects institutionnels et sociaux (Blanchard Laville et Guist Desprairies )

- Analyse clinique des situations d’enseignement et de formation :
- Le public visé = personnes qui ne travaillent pas ensemble, pas une équipe constituée. On y évoque le sujet à l’œuvre. Le terme de sujet se réfère au sujet de l’inconscient, la référence est explicitement psychanalytique. Il est visé une mise en mouvement des sujets sans obtenir une transformation prédéterminée. Il s’agit de cerner les contenus du lien effectif du sujet à l’autre, pris dans la situation, pour dégager des liens imaginaires, des enjeux libidinaux dans lesquels le sujet peut se perdre. Objectif = conduire, d’accompagner l’élaboration psychique des personnes en situation professionnelle. Travail en petits groupes avec une régularité des séances. Non-jugement et assiduité. Parole est régulée par l’animateur. Démarrage de séance par le récit initial d’une situation vécue avec difficulté. Le récit est ensuite questionné par les participants, il s’engage des échanges. Pas de transmission de savoirs théoriques constitués.

- Analyse psychosociale clinique et pratiques professionnelles :
- Dispositif visant les professionnels considérés comme des sujets dans leur activité. Le sujet est à la fois le sujet réflexif et conscient, le sujet de l’inconscient et le sujet social, aux prises avec les réalités sociales institutionnelles. La visée = construction du sens des situations vécues dans le cadre professionnel, par élucidation de ce qui se joue pour la personne au travers de ses représentations et de leurs logiques personnelles et sociales, avec la mise à jour des interférences du psychique et du social. Travail en petit groupe, considéré comme une entité constituée, destinataire de paroles adressées. Il y a un récit initial au point de départ : ce que dit la personne, ce qui est subjectivement vécu. Cadre : principe de non-jugement, de bienveillance… Variation du dispositif selon le public ou le lieu d’intervention. Posture clinique avec un aller-retour entre ce qui se passe et ce qu’on peut élaborer tout autant pour soi que pour le groupe. En quoi suis-je pour quelque chose dans la situation du groupe à tel moment ? Posture d’écoute : éviter toute attitude explicative directe, Vigilance sur la prise de parole : pas de propos impersonnels, généralisants, pas interprétation – explication. Logique de compréhension en lien avec une multi - référentialité d’approche (approche institutionnelle, sociale, psychique…). Mise en mots par l’animateur à la fin : formaliser les logiques à l’œuvre ; par exemple : dégager une représentation sociale du métier, une représentation personnelle héritée, une logique institutionnelle...

- Groupe d’entraînement à l’Analyse de situations éducatives :
- Le terme de sujet est aussi ici évoqué. La visée de travail explicite = développer un savoir analyser par l’entraînement. On ne souhaite pas la résolution de problèmes professionnels. Cette analyse est multi référencée : approche psychologique, psychanalytique, institutionnelle, pédagogique, didactique. Groupe constitué de 12 à 15 personnes dans un espace organisé où chacun n’est ni proche, ni trop loin de manière à respecter la distance psychique supportée par la distance relationnelle, dans un but de protection et évitement de la mise en retrait. Posture de compréhension, confidentialité et non-jugement. Après l’exposé d’une situation singulière par le récit s’effectue l’exploration de la situation par un questionnement complémentaire. L’interprétation se fait par émission d’hypothèses des autres membres du groupe, alors que le narrateur est silencieux. À la fin, la parole revient à l’exposant. Pour conclure, une méta analyse vise à analyser le fonctionnement du groupe lui-même dans sa dynamique de questionnement et d’élaboration des hypothèses. Débriefing sur ce que le groupe vient de vivre pour en tirer un apprentissage. Animateur = un entraîneur à l’analyse. L’animateur se met progressivement en retrait pour obtenir l’effet formation. Ce dispositif prône in fine l’effacement total de l’animateur jusqu’à l’animation confiée à un participant.

- L’analyse didactico- ergonomique sur les situations d’enseignement apprentissage :
- Analyse à partir de recherches effectuées conjointement entre une didacticienne et une ergonome, un regard croisé : chacune apportant sa spécificité propre à son champ théorique. Ce travail d’analyse s’appuie sur la vidéo et se réfère à des postulats issus de l’ergonomie où on observe tâches prévues, tâches réalisées, l’écart éventuel et où l’on envisage une ouverture vers des possibles à envisager. Dispositif centré sur l’analyse du travail d’une séance d’enseignement apprentissage dans une discipline donnée. Utilisation de l’image filmique = une procédure issue des recherches en ergonomie et en psychologie du travail avec le dispositif de l’autoconfrontation simple et auto confrontations croisées. Si l’expertise disciplinaire est très prégnante, il convient d’éviter le danger de dériver vers une norme, un modèle de prescriptions didactiques. Il faut donc donner à voir sans montrer, ce que l’ergonome peut impulser au moyen de la réécriture d’un script, la formalisation du déroulement de l’intrigue du film, des outils conçus de manière à objectiver ce que le film véhicule en termes d’émotion, d’affect, d’humanité.  L’ergonomie possède une panoplie d’instruments favorisant cette objectivation, laquelle permet au didacticien de prendre une hauteur afin de raisonner plus en termes de construction de milieu didactique, de transposition et d’étayage didactique.

- L’analyse du travail pour des métiers de services et de l’Enseignement :
- Avec ce dispositif, nous franchissons un pas supplémentaire, car une co-explicitation est clairement envisagée entre le formateur et les apprenants. Même niveau, pas de surplomb. Les personnes sont regroupées afin que se joue une interactivité : permettre que chacun se représente l’activité envisagée par un aller-retour entre ses propres représentations et celle des autres. Le groupe est ainsi un lieu de réduction de la confusion. Travail à partir de matériaux différents : des récits, des écrits méta - réflexifs, des photos, des questionnements, des vidéos, des rencontres avec des experts. L’entrée en matière est largement favorisée par le recueil des traces de l’activité exposées au groupe. L’animateur, contrairement dispositif précédent, n’est pas lui-même un expert du travail, du métier analysé, compte tenu de la grande variété des taches examinées. Il est celui qui encadre et organise le travail d’analyse. Type d’analyse déterminée par l’objectif de construire le métier, aider à la construction de son métier, d’apprendre son métier en formation initiale et continue. Au final, le travail de co analyse débouche sur la production d’un écrit collectif adressé à d’autres pour dire le travail et l’apprentissage du travail dans la perspective de construire ensemble le métier, de définir des manières d’agir et de structurer des repères afin de construire des conditions pour accroître le pouvoir d’agir des professionnels. Finalité du groupe = la construction commune de ce cadre. Il n’y a pas de prise en compte de dimension psychique dans l’élaboration de ce cadre de formation.

P.-S.

Extrait du cours de Philippe Clauzard, MCF IUFM LA REUNION, Octobre 2012

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