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Auteur : Pierre Pastré

Apprentissage professionnel

vendredi 14 juillet 2017, par Philippe Clauzard

Que peut-on dire de l’apprentissage qu’opère un acteur quand il est confronté à une situation ? On peut indiquer un processus général qui permet de décrire ce moment de l’apprentissage.

On peut le décliner en cinq étapes qui sont :

- 1/ l’attente de l’acteur,

- 2/ la « réponse » de la situation,

- 3/ la réaction de l’acteur : contradiction ou convergence,

- 4/ la genèse conceptuelle qu’il opère,

- 5/ l’essai de généralisation.

1/ L’attente de l’acteur est un point qu’on néglige trop souvent. Aucun acteur ne se confronte à une situation sans qu’il ait, pour le moins, quelques idées préconçues, même quand la situation est pour lui nouvelle et inconnue. Face à une situation tout le monde puise dans son expérience et mobilise un modèle opératif provisoire : on s’attend à telle ou telle réaction et on est capable de faire des inférences, vraies ou fausses, pour préciser ces attentes et engager une ou plusieurs actions sur la situation.

2/ La « réponse » de la situation aux attentes de l’acteur est la propriété centrale d’un apprentissage par les situations : à la différence de beaucoup d’exercices scolaires, où il faut attendre le verdict de l’enseignant pour savoir si on a bien ou mal fait, ici c’est la situation qui fournit la sanction. Et cette sanction se fait on line, c’est-à-dire que chaque opération va être suivie d’une « réponse ». Mais cette « réponse » est toujours ambigüe. En effet, il s’agit d’une réponse immédiate ; or, quand il faut faire un détour pour arriver au but, détour qui éloigne momentanément du but, la réponse de la situation vient sanctionner ce recul provisoire qui est pourtant une véritable avancée dans le problème. On apprend certes par les résultats de son action, mais le critère demeure la distance au but et c’est justement sur ce critère que repose l’ambigüité. De plus, la « réponse » de la situation peut très bien ne pas être immédiate, ce qui renforce l’ambigüité. Et pourtant un fait demeure : la situation « répond » et cette réponse peut constituer un nouveau problème pour le sujet.

3/ La réaction de l’acteur à la réponse de la situation peut être schématisée en deux positions : soit le sujet perçoit une contradiction entre son attente et la réponse, soit le sujet remarque une congruence entre ce qu’il attendait et ce qu’il constate. La deuxième réaction ne pose guère de problèmes : le sujet est conforté dans son attente, c’est-à-dire dans le modèle opératif qu’il a mobilisé pour agir ; il peut poursuivre son chemin.

4/ C’est la première réaction qui est la plus intéressante pour comprendre le processus d’apprentissage : le sujet a mobilisé un modèle opératif qui s’avère inadéquat. Il ne peut pas donner tort aux faits. Il faut donc qu’il aménage son modèle opératif. Et c’est généralement l’occasion d’une montée en abstraction. Le sujet prend conscience que son modèle opératif, pertinent pour une classe de situations, ne l’est plus quand il change de classe. Il va être amené à procéder à une « équilibration majorante » (Piaget), que j’ai qualifiée de « genèse conceptuelle » (Pastré, 2004).

5/ La dernière étape consiste à chercher à généraliser le résultat obtenu. C’est habituellement une des fonctions du formateur, qui peut montrer aux apprenants que le point auquel ils ont abouti dans leur cheminement correspond à un savoir d’une portée plus générale.

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