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Goffman et ses métaphores

mardi 20 juin 2017, par Philippe Clauzard

Erving Goffman, né le 11 juin 1922 à Mannville, Alberta, Canada et mort le 19 novembre 1982 à Philadelphie en Pennsylvanie, est un sociologue et linguiste américain d’origine canadienne. Avec Howard Becker, il est l’un des principaux représentants de la deuxième École de Chicago.

Métaphore théâtrale

La présentation de soi

Goffman, dans La présentation de soi4, envisage la vie sociale comme une « scène » (région où se déroule la représentation), avec ses acteurs, son public et ses « coulisses » (l’espace où les acteurs peuvent contredire l’impression donnée dans la représentation). Il nomme « façade » différents éléments avec lesquels l’acteur peut jouer, tel le « décor », mais aussi la « façade personnelle » (signes distinctifs, statut, habits, mimiques, sexe, gestes, etc.). Les acteurs se mettent en scène, offrant à leur public l’image qu’ils se donnent. Ils peuvent avoir plusieurs rôles, sans qu’il y en ait un plus « vrai » que l’autre, et prendre leur distance vis-à-vis d’eux, jouant sur la dose de respect à la règle qu’ils jugent nécessaire ou adéquat.

Les acteurs en représentation construisent une définition commune de la situation. Une « fausse note » est une rupture dans cette définition, à la suite d’une gaffe ou d’un impair commis par un ou plusieurs acteurs. Cela produit une représentation contradictoire, une remise en question de la réalité commune, causant un malaise général. Pour éviter ces impairs, des techniques de protection, aussi appelé « tact », sont mises en œuvre, comme les « échanges réparateurs » telles les excuses ritualisées, les « aveuglements par délicatesse », etc.

Stigmate

La « stigmatisation »5 d’un individu intervient, pour Goffman, lorsqu’il présente une variante relative par rapport aux modèles offerts par son proche environnement, un attribut singulier qui modifie ses relations avec autrui et en vient à le disqualifier en situation d’interaction. « Cet attribut constitue un écart par rapport aux attentes normatives des autres à propos de son identité ». Chaque individu est plus ou moins stigmatisé en fonction des circonstances, mais certains le sont plus que d’autres : tous peuvent être placés sur un « continuum ». Les stigmates sont d’une grande diversité, s’appliquant aussi bien à la psychologie individuelle qu’aux relations sociales d’une personne donnée : parmi eux, le passé des individus, les handicaps, les tares de caractère, l’homosexualité, l’appartenance à un groupe donné, etc.

Goffman classe ces stigmates dans deux catégories différentes : les stigmates « visibles » et « invisibles ». Les premiers caractérisent les attributs physiques et les traits de personnalité directement apparents lors du contact social, les seconds regroupent toutes les facettes de l’individu difficilement décelables lors d’un contact visuel avec celui-ci. L’acteur va donc tout mettre en œuvre afin de cacher ce stigmate ou en tout cas d’éviter qu’il ne constitue un malaise chez son public. Goffman nomme « contacts mixtes »6 les interactions à risques entre normaux et stigmatisés. Le risque de « fausse note » y est théoriquement plus élevé.

L’auteur met toutefois en garde ses lecteurs contre le risque de prendre trop au sérieux cette métaphore.

Métaphore du rituel

La « face » est le terme employé par Goffman pour désigner « la valeur sociale positive qu’une personne revendique effectivement à travers une ligne d’action que les autres supposent qu’elle a adoptée au cours d’un contact particulier », explique Goffman dans Les Rites d’interaction. En interaction avec d’autres, la règle fondamentale que doit respecter tout individu est de « préserver sa face et celle de ses partenaires ». C’est la condition de possibilité de toute interaction, car la face est essentielle, sacrée en un sens. Différentes stratégies individuelles de « figuration » viennent garantir le respect de sa face et celle d’autrui, évitant de les compromettre : il s’agit de ce que l’on appelle le « tact », les règles de savoir-vivre ou encore la diplomatie. Des échanges réparateurs viennent rétablir l’ordre lorsqu’un incident a eu lieu : le(s) fautif(s) s’excuse(nt), le public lui pardonne, afin de retrouver un équilibre.

Dans toute interaction, un certain niveau d’engagement est requis, ainsi qu’un soutien à l’engagement des autres. Cet « engagement » peut être défini par le maintien d’une attention intellectuelle et affective pour l’objet officiel de l’interaction. Il n’est pas facile à maintenir, mais si c’est le cas, l’interaction est joyeuse, elle marche.

En 1979, Goffman dégage la notion d’« hyper-ritualisation »7 dans un article sur les photos de mode, expliquant qu’un ensemble de publicités de mode manifeste une structure sous-jacente commune. Les stéréotypes publicitaires renseignent sur des stéréotypes tirés de la vie réelle. Les notions de standardisation, d’exagération et de simplification qui caractérisent les rites en général se retrouvent dans les poses des clichés de mode.

Métaphore cinématographique

L’ouvrage Les Cadres de l’expérience ne se limite pas aux interactions, mais traite de l’expérience. Goffman emprunte la notion de cadre à l’anthropologue Gregory Bateson. Toute expérience, toute activité sociale, se prête, selon lui, à plusieurs versions, ou cadrages. Ceux-ci entretiennent des rapports les uns avec les autres. Ils fixent la représentation de la réalité, orientant les perceptions, et influencent l’engagement et les conduites. Normalement, ils passent inaperçus et sont partagés par toutes les personnes en présence.

Erving Goffman distingue :

Les cadres primaires. « Est primaire un cadre qui nous permet, dans une situation donnée, d’accorder un sens à tel ou tel de ces aspects, lequel autrement serait dépourvu de signification ». Parmi eux, les cadres naturels impliquent l’action de forces ou de lois de la nature et les cadres sociaux sont le fait d’actions ou d’intentions humaines. Les cadres transformés, s’ils sont « modalisés » sont des transformations qui ne se cachent pas. Par contre, s’ils résultent d’efforts délibérés destinés à désorienter l’activité d’un individu ou d’un ensemble d’individus sans que ceux-ci s’en rendent compte, on parlera de « fabrication ». Celle-ci peut être bénigne ou abusive. Ces transformations et modalisations de cadre peuvent se superposer les unes aux autres : on parle alors de premier, deuxième, etc., « degré ». Certains cadrages présentent des « ambiguïtés », la signification de la situation étant peu claire, le comportement à adapter à leur égard étant difficile à prévoir. Des « erreurs » de cadrage, c’est-à-dire des malentendus, peuvent également survenir : « le cadrage semble clair, mais il oriente néanmoins les perceptions et comportements des personnes dans un sens qui se révèle par la suite reposer sur des prémisses fausses ». On appelle rupture de cadre le moment, souvent pénible, où l’individu se rend compte qu’il a perçu la situation de manière erronée : la culture même de nos croyances s’en trouve subitement bouleversée.

Voir en ligne : Source WikiPedia

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