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Filmer la pratique : un point de vue de la théorie de l’action conjointe en didactique

Gérard Sensevy

lundi 13 novembre 2017, par Philippe Clauzard

Introduction

Dans ce chapitre, je m’appuie, implicitement ou explicitement, sur certains travaux réalisés dans le cadre de la théorie de l’action conjointe en didactique (TACD), pour fournir une certaine vision d’ensemble de la manière dont les films de pratique peuvent être utilisés. Je tente de montrer l’adéquation de ce qu’on pourrait appeler « le film d’étude » à l’épistémologie sous-jacente à la TACD, tout en affinant plusieurs aspects de cette épistémologie. L’élaboration que je présente ici a d’abord et avant tout une fonction heuristique, au sein de la communauté réunie autour de Vidéos de situations d’enseignement et d’apprentissage (ViSA).

Dans la première partie de ce chapitre (« Analyse de données, analyse de films : filmer des transactions »), je vise un double objectif : présenter une première structuration conceptuelle, selon moi utile à la clarification de l’action d’analyse des données filmiques ; commencer de montrer en quoi l’accent mis par la TACD sur l’action conjointe et ses transactions trouve dans le film un médium privilégié. Dans la seconde partie (« Filmer des transactions : la situation de l’action »), je tenterai de montrer quelques-unes des caractéristiques du film d’étude, en terminant par le travail issu d’une recherche accomplie dans le cadre de la TACD. Enfin, je consacrerai la troisième partie de ce chapitre (« Inscrire l’action ») à expliciter la manière dont la production d’un film d’étude suppose nécessairement l’élaboration concourante d’un système hybride texte-image, en précisant comment certains travaux accomplis en TACD peuvent permettre d’envisager une telle élaboration.

Analyser des données

Toute analyse de données est ramenée finalement à l’analyse de systèmes de signes, de systèmes sémiotiques, de systèmes d’inscriptions qui se substituent aux phénomènes que l’on veut étudier. Ces systèmes d’inscriptions peuvent être structurés très différemment, en fonction de leur rapport particulier à la source que constituent les phénomènes à étudier, et en fonction de ces phénomènes.

Dans un questionnaire, ou dans un entretien, on va étudier des comportements en réponse à des actions (sollicitations) du chercheur. Dans une expérimentation de psychologie expérimentale, des comportements au sein d’une situation construite par le chercheur. Une étude de terrain ethnographique se définit par un autre type de rapport à l’empirie. On va y étudier l’action in situ : pas des formes d’activité qu’on détermine a priori par l’entretien, le questionnaire, ou l’expérimentation, qui sont des moyens indirects de caractérisation de l’action, mais l’action habituelle des personnes. Il s’agit bien, dans une étude ethnographique, d’être confronté à cette action habituelle, telle qu’elle est produite dans son environnement habituel. Dans cette démarche, l’action est donc étudiée dans son écologie propre,[en s]tuation.

Étudier l’action in situ, c’est précisément ce que permettent, dans le travail en didactique, les films vidéo, qui peuvent s’inscrire selon moi dans cette perspective ethnographique que je viens d’évoquer. Le postulat qui parcourt ce chapitre, en effet, est que dans l’étude d’un film, on est confronté à une re-présentation de l’action, à une sorte d’analogue de l’action. Avant d’aborder la question de l’analogie, notons l’obstacle qui consiste à penser la vidéo comme la pratique elle-même. Il faut se rendre capable de penser le double fait suivant : le film de l’action n’est pas l’action (contre une sorte de naïveté qui ferait croire que le réel filmé est le réel) ; le film est un analogon de l’action.

Voir en ligne : Article complet de Gérard Sensevy

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