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Dossier de veille de l’IFÉ • n° 116 • Mars 2017

Recherche ou enseignement : faut-il choisir ? Par Laure Endrizzi

Chargée d’étude et de recherche au service Veille et Analyses de l’Institut français de l’Éducation (IFÉ)

jeudi 30 novembre 2017, par Philippe Clauzard

Depuis vingt ans, une littérature abondante alerte périodiquement l’opinion publique sur la crise que traverse l’université et signale notamment le déclin de la profession aca- démique. Du fait de la massi cation des effectifs étudiants et de l’essor de la société de la connaissance, les privilèges plus ou moins symboliques attachés aux activités des enseignants-chercheurs l seraient remis en cause. Ce déclin porterait à la fois sur le statut socio-économique et sur le travail académique : perte d’exclusivité dans la pro- duction du savoir et compétition croissante avec d’autres espaces scienti ques, publics ou privés, dans un marché internationalisé d’une part ; tensions nouvelles associées à l’enseignement, imposant des ré exions sur la manière dont les étudiants apprennent et des refontes curriculaires au béné ce de sa- voirs plus utiles d’autre part (Enders, 1999). En France comme ailleurs en Europe, les universités ont considérablement évolué ces dernières années (Rey, 2005). Alors que depuis 2010, les politiques nationales en faveur de la recherche et de l’innovation ont connu un essor important, en particulier via les programmes d’investissements d’avenir (PIA), les universités, soumises à des injonctions contradictoires (devenir autonomes sans maitriser les recrutements de leurs personnels, ni de leurs étudiants, tout en se regroupant au niveau territorial pour peser dans la compétition internationale), cherchent leur équilibre. Deux grandes lois adoptées respectivement en 2007 (loi n° 2007-1199 relative aux liber- tés et responsabilités des universités, dite LRU) et en 2013 (loi n° 2013-660 relative à l’enseignement supérieur et à la recherche, dite ESR) traduisent les enjeux qui pèsent actuellement sur les universités et les tensions entre deux référentiels : qualité de la recherche et qualité de l’enseignement.

(...)

Les nombreux rapports ministériels pu- bliés depuis une dizaine d’années sur l’emploi « scienti que » (notamment Cour des comptes, 2015 ; MENESR, 2016a) laissent accroire que l’emploi « pédago- gique » reste impensé car subordonné à des ré exions stratégiques sur le déve- loppement d’une recherche d’excellence. Du côté des recherches pédagogiques, les travaux récents défendent l’idée d’une nécessaire professionnalisation des en- seignants-chercheurs, basée sur une offre de formation et d’accompagnement déployée au sein des établissements par des conseillers et ingénieurs péda- gogiques, dans un cadre de formation tout au long de la vie (Endrizzi, 2011 ; Cosnefroy, 2015). Ces analyses traduisent des clivages qui s’observent bien au-delà des fron- tières hexagonales : les science studies qui analysent le travail scienti que ren- contrent peu les educational studies qui se consacrent au travail pédagogique. En France, les travaux sociologiques développés sous l’égide de Musselin dès la n des années 1990 l, et plus récemment par Menger, restent éloignés des analyses de pratiques promues par des collectifs tels que l’AIPU (Associa- tion internationale de pédagogie univer- sitaire) ou l’ADMEE (Association pour le développement des méthodologies d’évaluation en éducation), ou discutées lors de conférences telles que « Ques- tions de pédagogie dans l’enseignement supérieur » (QPES).

Or la qualité de l’enseignement dans le supérieur dépasse largement les questions de formation et d’accompagnement pédagogiques qui font peu ou prou partie désormais des éléments de langage des gouvernances d’établisse- ment, alors que des structures d’appui telles que les services universitaires de pédagogie s’implantent progressive- ment (Albero, 2015). Le discours commun sur la non-valorisation de l’enseignement dans la carrière, nourri dernièrement de réflexions sur les référentiels d’activités et de compétences, suggère l’existence de tensions sans apporter toutefois d’éclairages suffisants pour comprendre les logiques à l’œuvre dans les transformations de la profession académique ni les jeux d’équilibre en matière de ressources humaines, entre enseignants-chercheurs et enseignants, permanents ou non. Les travaux internationaux fournissent également peu d’occasion d’aborder la professionnalisation de façon intégrée. Les ré exions inspirées par le mouvement américain du Scholarship of teaching and learning (SoTL), qui cherche à promouvoir une expertise « scientifique » de l’enseignement, traduisent plutôt la nécessité de rapprocher enseignement et recherche pour montrer la valeur de l’activité pédagogique. Les programmes de formation et d’accompagnement proposés aux universitaires débutants reflètent les difficultés à décloisonner les analyses (ICED, 2014).

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