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L’avenir de l’université est-il interdisciplinaire ?

dimanche 31 décembre 2017, par Philippe Clauzard

L’enseignement supérieur s’incarne dans un système de disciplines qui s’impose à la fois comme une organisation naturelle des connaissances et comme un mode de répartition du travail entre communautés de chercheurs et d’enseignants l. En divisant le savoir en branches et en organisant les espaces institutionnels, les disciplines composent un ancrage identitaire fort et dépassent la simple matière scolaire fondée sur une mise en scène des connaissances programmatiques à enseigner (Reverdy, 2015) l. Ce système de disciplines, concurrencé par d’autres impératifs, semble depuis une vingtaine d’années perdre en légitimité tandis que l’autonomie des universitaires apparait elle aussi menacée (Trowler et al., 2012). Paradoxalement considérés comme allant de soi dès lors qu’il s’agit d’organiser l’espace académique, les cadres disciplinaires se trouvent aujourd’hui fragilisés à la fois par l’essor de nouvelles formes de management, par le développement de la recherche sur projet et par l’obligation de faire réussir les étudiants. Du fait d’exigences accrues de la part des gouvernances, le travail acadé- mique est plus imbriqué dans les logiques gestionnaires institutionnelles, les activités des enseignants-chercheurs se diversifient et les carrières se différencient, renouvelant les questionnements relatifs aux articulations entre recherche et enseignement (Endrizzi, 2017). Sur fond de démarche qualité, les injonctions multiples à l’interdisciplinarité des recherches et à l’utilité des formations questionnent l’organisation des universités tout autant que les modes de production et de lé- gitimation des savoirs et que la fabrique des curriculums : la recherche n’aurait de sens qu’appliquée et l’enseignement devrait être professionnalisant.

Dans ce contexte, faut-il remettre en question ce système des disciplines, fondé sur un modèle d’université plus détaché des questions sociétales ? L’innovation scientifique et la centration pédagogique sur les étudiants ont-ils ou auront-ils raison de l’ordre disciplinaire ? Le déclin annoncé, voire dénoncé, des disciplines (de certaines disciplines, moins perméables traditionnellement à la demande sociale) est-il avéré au point que l’on s’interroge sur une possible transition vers un âge post-disciplinaire (Gorga & Leresche, 2015 ; Heilbron & Gingras, 2015) ? Après une première partie qui rend compte de ce qui définit intrinsèquement et extrinsèquement une discipline et explore ce qui l’affaiblit et la déstabilise aujourd’hui, cette revue de littérature, basée sur une littérature récente, essentiellement française, propose une analyse à la fois historique et sociologique des logiques disciplinaires. La deuxième partie examine ainsi les disciplines à la fois comme mode de différenciation et de spécialisation des savoirs et comme structure organisant l’espace institutionnel  ; la manière dont les disciplines, résilientes, s’adaptent aux évolutions des milieux académiques et se reconfigurent sous l’influence des évolutions socié- tales, est questionnée. La troisième partie aborde l’interdisciplinarité en recherche, à la fois d’un point de vue théorique et au travers des pratiques scientifiques observables, et s’interroge sur l’avénement d’un nouveau paradigme aux frontières disciplinaires plus plastiques, avec l’essor massif des studies dans les pays anglo-saxons

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