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L’ANALYSE DE PRATIQUES PROFESSIONNELLES DE QUOI PARLE-T-ON ?

samedi 15 septembre 2012, par Philippe Clauzard

- 1/ Mode, solution miracle, nécessité ?

Il est de plus en plus question d’analyse de pratiques dans les discours et les textes notamment au sein de l’Education Nationale.

Mais de quoi parle-t-on ? Mettons-nous les mêmes mots sur la chose ? En partageons-nous le sens ? Allons-nous dans le même sens ?

Certains pensent qu’il s’agit là d’une mode dans le milieu éducatif. D’autres avancent que cela est une nécessité. D’autres encore l’évoquent comme la "solution miracle" aux maux de l’enseignement voire des enseignants…

- Question de mots…

Nous avancerons, de manière généralisante, que l’analyse de pratiques correspond à un besoin, compte tenu notamment des changements de société, de l’hétérogénéité des publics, des évolutions de la formation initiale et de la formation continue, du recrutement des enseignants, des nouveaux programmes… et donc de l’évolution des métiers de l’enseignement.

Il s’agira tout particulièrement d’un besoin d’accompagnement des enseignants, des personnels de l’Education nationale, quelle que soit leur fonction.

Nous dirons également que l’analyse de pratiques est en congruence avec la Loi d’orientation de 1989 notamment parce que, à l’image de l’élève acteur de ses apprentissages, elle permet de rendre l’enseignant acteur, voire auteur, de sa formation.

- Elle est en congruence avec les injonctions de certaines Instructions Officielles comme par exemple :

- le "Référentiel des compétences professionnelles du Professeur des Ecoles stagiaire en fin de formation initiale" qui stipule, entre autres :

"C’est un enjeu fondamental de la formation initiale que de s’attacher à développer chez tous les futurs enseignants à la fois les capacités à analyser et à évaluer sa pratique professionnelle et le goût de poursuivre sa propre formation.

Ceci implique que l’acquisition des compétences professionnelles se fasse selon des modalités qui permettent au stagiaire de prendre le recul nécessaire à l’analyse de son activité (analyse de son action, analyse du public destinataire, analyse du contexte dan lequel se situe l’action). (…) Il doit avoir été mis en situation d’analyser sa pratique individuellement et collectivement."[1]

- l’extrait de la circulaire N°2001-150 du 27-7-2001[2] relative à "l’Accompagnement de l’entrée dans le métier et formation continue des enseignants des 1er et 2nd degrés et des personnels d’éducation et d’orientation", qui évoque :

- "L’analyse de pratiques, une démarche à privilégier :

- Les ateliers d’analyse de pratiques qui permettent d’identifier et d’analyser des expériences professionnelles, avec des collègues et des experts, doivent être privilégiés : études de cas, mise en relation des résultats obtenus et des démarches utilisées, analyse des incidents critiques et des réussites, etc. Ils nécessitent une organisation particulière : étalement dans le temps, groupes restreints et travail de proximité.

- Ce travail d’élucidation des pratiques pédagogiques doit, dans un premier temps, prendre appui sur la polyvalence et/ou les disciplines enseignées pour développer des problématiques qui interrogent plus particulièrement le nouvel enseignant, notamment la gestion de la classe et la prise en charge de l’hétérogénéité des élèves.

- Une démarche d’analyse de pratiques bien comprise fait appel à de fortes compétences et ne doit pas être confondue avec de simples échanges de pratiques."

- L’analyse de pratiques est également en cohérence avec des théories actuellement développées par les Sciences humaines telles que le constructivisme, le socio-constructivisme, l’interactionnisme, le méta-cognitivisme…

- 2/ Aspects différents

- Nous connaissons l’existence de différents types d’analyses de pratiques, du Groupe de Parole (GP) au Groupe de Formation à l’Analyse de Pratiques Professionnelles (GFAPP), en passant par Groupe d’Analyse de Pratiques Professionnelles (GAPP), les groupes Balint (pour enseignants), les Groupes de Soutien au Soutien (GSAS), les Groupes d’Entraînement à l’Analyse de Situations Educatives (GEASE), les Groupes d’Approfondissement Personnel (GAP), les Séminaires d’Analyses de Situations de Communication (SASCO), les entretiens d’explicitation, l’instruction au sosie, la vidéoformation, les jeux de rôle, les simulations, etc.

- Nous connaissons également différentes terminologies-typologies d’analyses, ainsi : l’analyse institutionnelle l’analyse systémique, l’analyse organisationnelle, la psychanalyse, la sociopsychanalyse, la socio-analyse, l’analyse transactionnelle, l’analyse interactionnelle, l’analyse didactique….

- Ces différences sont notamment liées aux objectifs divers attribués à l’analyse de pratiques : objectifs de connaissance, de remédiation, d’approfondissement, de transformation… voire un objectif thérapeutique.

- Ces différences peuvent également être liées au fait que l’analyse est davantage centrée sur le métier, ou sur la profession, ou sur la personne, ou sur une situation, ou sur une pratique, ou sur une discipline, ou sur une institution, ou sur une organisation, ou sur des comportements…

3/ Complexité

A y regarder de plus près, nous pouvons percevoir qu’une pratique peut être :

- traitée par son auteur/acteur ou par un tiers extérieur

- observée ou décrite, racontée

- de manière impliquée ou de manière non-impliquée

- par oral ou par écrit ou par image

- l’objet d’un récit ou l’objet d’un discours (développement)

- abordée en faits (ce qui est) ou abordée en phénomènes (ce qui est perçu)

- traitée in vivo ou traitée in vitro

- traitée hic et nunc ou traitée a posteriori

- perçue subjectivement ou perçue objectivement

- traitée consciemment ou traitée inconsciemment

- analysée individuellement (auto) ou analysée collectivement (socio)

- avec des pairs ou avec des experts / ex-pairs

- gérée en micro-analyse ou gérée en macro-analyse

- Etc.

- 4/ Définitions

Mais qu’entendons-nous par "analyse de pratiques professionnelles" ? Nous nous appuierons tout d’abord sur des définitions encyclopédiques (Larousse, Bordas, Hachette…) :

ANALYSE (grec analusis, décomposition).

- Une première définition est :

Décomposition d’un corps, d’une substance en leurs éléments constitutifs (Analyse de l’air, analyse bactériologique).

- Une deuxième définition est :

Opération de l’esprit qui consiste à décomposer un tout en ses éléments afin de déterminer leur nature et leur structure.

- Ou encore :

Étude faite en vue de discerner les différentes parties d’un tout, de déterminer ou d’expliquer les rapports qu’elles entretiennent les unes avec les autres (Analyse d’une œuvre littéraire).

- Mais il est intéressant de prendre connaissance de définitions de l’analyse dans quelques champs particuliers, ainsi

- en Chimie :

Ensemble des méthodes permettant de déterminer la nature des substances entrant dans la composition d’un mélange (analyse qualitative), ainsi que les proportions relatives de ses différents constituants (analyse quantitative).

- en Philosophie :

Décomposition mentale d’un concept, d’un jugement ou d’une proposition en ses éléments. L’analyse, tout en s’opposant à la synthèse (recomposition de ce qui est donné séparément), lui est complémentaire. Au XVIIe s., Descartes définit dans le Discours de la méthode ce que certains ont appelé la règle de l’analyse : « … diviser chacune des difficultés que j’examinerais en autant de parcelles qu’il se pourrait et qu’il serait requis pour les mieux résoudre. »

- en Économie :

Étude détaillée des éléments propres à un phénomène économique et de l’interaction de ces mêmes éléments. L’analyse est microéconomique si elle porte sur des comportements individuels. Elle est macroéconomique lorsqu’elle étudie des phénomènes globaux. Elle est statique si elle décompose un phénomène à un moment donné, et dynamique lorsqu’elle fait intervenir son évolution dans le temps.

- Il est aussi question d’Analyse du travail, étude des opérations élémentaires et des mouvements nécessaires à l’exécution d’un travail donné, en vue de supprimer les efforts improductifs.

- en Informatique :

Ensemble des travaux comprenant l’étude détaillée d’un problème, la conception d’une méthode permettant de le résoudre et la définition précise du traitement correspondant sur ordinateur.

- en Télévision :

Décomposition en points des images à transmettre. Synonyme exploration.

- en Sciences humaines :

il sera question d’Analyse systémique : analyse d’un domaine (économique, technique, social, etc.) considéré comme un système, et, par conséquent, étude de l’interdépendance de tous ses éléments.

- en Psychanalyse :

il s’agira de Cure psychanalytique et d’Analyse didactique, celle à laquelle doit se soumettre tout futur psychanalyste.

- De cette polysémie, nous retiendrons en particulier qu’en chimie, par la décomposition, il s’agira davantage d’une procédure ; ici le tout égalera la somme des parties (il sera même possible de recomposer à l’identique ce qui a été décomposé en parties… produit de synthèse).

- Par contre en sciences humaines, il sera davantage question d’un processus qui permettra certes une décomposition mais très souvent la recomposition à l’identique sera quasi impossible : la maîtrise de la connaissance en la matière est, sera incomplète, imparfaite. Rassurant quelque part…

- Nous évoquerons enfin cette double image-définition de l’analyse (analuein) que nous donne Yves de la Monneraye[3] à partir de l’Odyssée : Pénélope défaisant, déliant la nuit les fils qu’elle a tissés le jour, et Ulysse qui, après s’être fait lier au mât par ses compagnons pour échapper au danger des sirènes, se fait délier ensuite par ceux-ci, pour être libre et poursuivre son chemin, une fois le danger passé.

- PRATIQUE

- Plusieurs définitions à ce vocable, et de manière générale :

- Au singulier, fait d’avoir, d’exercer une activité concrète historiquement déterminée, des hommes (La pratique de la navigation) ou expérience, habitude approfondie (Avoir la pratique des affaires) ou encore Application d’une doctrine, de préceptes , observation des devoirs du culte (Pratique religieuse)

- Au pluriel : Comportement habituel ; façon d’agir (Des pratiques curieuses).

- Le sens courant évoque la Mise en application de principes (d’un art ou d’une science), d’idées ou d’une technique en vue d’un résultat concret.

- En ce qui concerne la pratique, nous retiendrons qu’elle est souvent opposée à pensée, à théorie alors que de fait elle leur est intiment liée. Sans oublier que toute pratique, comme l’a développé J. Billerot[4], est une réalité sociale, psychosociale, voire institutionnelle, que toute pratique est une réalité psychique qui inclut la dimension inconsciente du sujet.

- PROFESSIONNEL(LE)

- Cet adjectif est relatif à une profession (Secret professionnel). Est aussi employé au sujet d’une activité pratiquée comme une profession (Le cyclisme professionnel).

- Par contre quand il s’agit d’un nom, il est question d’une Personne qui a une expérience particulière dans un métier, une activité (c’est un professionnel) ou qui exerce régulièrement une profession, un métier (Un professionnel de l’informatique). Familièrement au féminin, il s’agira d’une personne aux mœurs légères (une professionnelle).

- Nous retiendrons ici le sens relatif à tout ce qui est lié à l’exercice du métier.

- 5/ Un choix

- Dans les "poli-pratiques" relatives à ce que l’on nomme couramment "l’analyse de pratiques", nous nous inscrivons ici dans le choix clairement identifié de "l’analyse de pratiques professionnelles" qui permettra, suivant un processus particulier et développé selon une démarche, une méthodologie et des procédures adaptées, d’analyser en "décortiquant"[5] pour tenter de la comprendre, une situation vécue, exercée, pratiquée sur le plan professionnel, dans l’exercice de son métier. Pour ce qui nous concerne dans l’Education nationale, il pourra s’agir de situations liées certes à la pédagogie et à la didactique mais aussi de vécus sociaux, relationnels, institutionnels, etc.

- Cette analyse portera sur l’amont de la situation relatée pour cette recherche d’intelligibilité qui permettra d’une part d’apporter de la clarté, de la compréhension et ainsi peut-être de rassurer, de ré-assurer, et d’autre part d’envisager ultérieurement une suite à donner si nécessaire, suite construite par l’auteur-acteur de cette situation.

- 6/ Carrefour et construction professionnalisante

- De fait, l’analyse de pratiques professionnelles est au carrefour de valeurs, de savoirs, de savoir-faire, de savoir-être, et elle agit sur le savoir-devenir à partir de, grâce à une construction de sens, de savoirs collectifs par la réflexivité et la recherche d’intelligibilité.
- Elle favorise la construction de savoirs, de savoirs de la pratique, de savoirs professionnels et professionnalisants.

- 7/ Dimension paradigmatique

- Mais qu’en est-il des différentes pratiques liées à l’Analyse de Pratiques Professionnelles ?

- Nous dirons que :

- Se former à et savoir analyser "sa" pratique professionnelle est une chose ;

- Vouloir aider l’Autre à analyser sa pratique professionnelle est une autre chose ;

- Vouloir former les autres, permettre à d’autres de se former à l’Analyse de Pratiques Professionnelles est encore autre chose…

- C’est en partie dans cette dernière dimension que nous nous positionnons modestement ici en osant prétendre qu’il peut et même qu’il doit y avoir cohérence, congruence, homomorphisme entre ces trois dimensions.

- La question que nous pourrons alors nous poser est de savoir s’il existe un paradigme de l’A.P.P.

- 8/ Précautions

- Apparaît dès lors la nécessité d’apporter de la lumière lorsque l’on veut se livrer à de l’analyse de pratiques professionnelles en essayant de répondre à certaines questions préliminaires :

- qu’est-ce que l’on analyse ? (un acte, une action ou un récit, un discours sur…)

- pourquoi, pour quoi, pour qui on analyse ?

- comment on analyse ?

- etc.

- et ce sans oublier que toute analyse de pratiques professionnelles est singulière car unique, que toute analyse devrait être opératoire car objet de raisonnement spéculatif, compréhensive et non explicative, ouverture et non fermeture…

- Nous conclurons ce propos qui se voudrait introductif à une approche plus soutenue en soulignant combien l’analyse de pratiques professionnelles relève de la complexité et donc demande prudence et clairvoyance.

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